Happy 35th Anniversary

Today is our 35th wedding anniversary.

This is how we celebrated the 24th : 
27 July 2015, Shoushi, Artsakh, «Aram Manouguian Djampar»

Six months ago, at the hospital, they had to cut and remove my ring, because it could not go into the MRI tunnel, and it should not have been removed by just pulling it.

Ayda has the two pieces of my thus broken ring. We will have it fixed, and she will put it back on its rightful finger, in due time.

Haytoug

27 July 2026

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Mois maudit

En 2005, lors d’un séjour familial prolongé en Artsakh, dans la ville de Shoushi, nous avons visité des habitants, dans leurs maisons, pour les connaître et pour qu’ils nous connaissent.

En cette occasion, j’avais pris des notes de voyages. En voici une, datée donc de 2005 :

«  Artour et Liana ont trois enfants, Inga, Inna et Sarkis, tous nés après le cessez-le-feu.

Ils vivaient tous les deux en Azerbaïdjan, jusqu’au début de la guerre.

Artour a participé aux combats. Il était conducteur de char d’assaut.

Son fils de 9 ans, Sarkis, est convaincu que son papa était dans le premier blindé qui a pénétré dans Chouchi, sans se rendre compte que la preuve de son heureuse méprise se trouve exposée à l’entrée même de la ville, avec son inscription funèbre; en effet, son père a plutôt eu de la chance de ne pas faire partie de l’équipage du premier blindé en question, dont tous les membres ont été tués, littéralement immolés, dans leur véhicule de combat même.

Jusqu’en 1988, Artour et Liana ont toujours vécu avec les Azéris, en Azerbaïdjan. Mais dès le début du mouvement de l’Artsakh, Artour a commencé à militer. «La Patrie a appelé», résume-t-il. Et puis, après les massacres des Arméniens d’Azerbaïdjan, il a rejoint les rangs des combattants.

Liana se souvient de ce jour où, à Bakou, elle était sur le balcon lorsqu’elle a vu des jeunes azéris débarquer de leur voiture dans la rue, assoiffés de sang arménien. Elle se souvient comment sa mère lui a alors crié de se retirer du balcon. Sa mère qui, par la suite, avait mis un bidon d’essence et une hache à côté de la porte de leur appartement. En expliquant à sa fille que lorsque les Turcs viendraient les attaquer, il fallait essayer d’en tuer un ou deux, avant de mourir… Et surtout ne pas tomber vivante entre leurs mains.

Pour conclure ce qui s’est passé durant cette période, Artour serre fermement ses deux mains ensemble, et dit: «la Nation entière ne fit qu’une».

Après le cessez-le-feu, Artour et Liana ont vécu pendant un certain temps dans une autre région en Arménie. Mais comme on entendait souvent parler de la reprise des hostilités, Artour a décidé qu’ils déménageraient à Shouchi. Pour ne pas risquer d’être éloigné, au cas où la guerre recommencerait.

À présent, il a un petit emploi. Elle est institutrice. Ils vivent dans une maison modeste et sobre.

Liana essuie bien quelques larmes furtives, à quelques reprises, mais en général, un large sourire illumine son visage.

Leurs enfants sont joyeux, rieurs. Leur fille aînée joue du piano, et apprend à chanter. La cadette commence à peine à marcher. Leur fils, Sarkis, dessine très bien. »   Voilà, ici ce termine ma note de voyage de 2005.

Onze ans plus tard, celui qui était le petit garçon évoqué plus tôt, celui qui était sûr que son père était dans le premier blindé qui est entré à Shoushi le jour de la libération de la ville, celui qui dessinait si bien, eh bien ce garçon, Sarkis, a été tué au combat, en Avril 2016.

Il avait 20 ans. Il avait terminé son service militaire, mais il a voulu participer, en tant que volontaire, aux combats intensifs qui ont commencé au début du mois d’Avril 2016 et qui, malgré la désignation de «guerre de 4 jours», se sont poursuivis en fait tout au long de ce mois.

Sarkis se trouvait dans une tranchée. Selon un stratagème dont ils ont l’habitude, les Azéris avaient blessé un autre soldat arménien, en prenant soin de ne pas l’achever. Celui-ci était donc en train d’agoniser, en dehors de la tranchée. L’objectif de l’ennemi était de le garder en vie, en sachant que tôt ou tard un de ses camarades allait bien sortir de son poste, pour tenter de le sauver. Et c’est ce qui est arrivé, cette fois-ci encore.

Sarkis est sorti de sa tranchée, et sous les balles de l’ennemi, a réussi à soulever son camarade blessé sur son dos, pour tenter de retourner avec lui à l’abri du feu. Ils sont cependant tombés tous les deux sous les projectiles. Un troisième camarade encore s’est rué à leurs secours, risquant lui aussi sa vie pour sauver les leurs, mais hélas, en vain.

C’était donc il y a 3 ans, au mois d’Avril 2016. Durant lequel seulement, dans la guerre entre Arméniens et Turcs, sur le front de l’Artsakh, les Arméniens ont perdu 120 des leurs, incluant des civils.

Décidément, un mois de malédiction, depuis 1915,  pour les Arméniens.

Haytoug Chamlian

..

Sarkis Kasparian (Gasparyan), en 2005,
à la colonie de vacances “Aram Manouguian” de Shoushi.
Tué au combat en Avril 2016
Le héros sacrifié veillant sur sa famille, en 2005

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Entrée Principale

Chouchi et ses hirondelles

Il y a beaucoup d’hirondelles, à Chouchi. Du matin jusqu’au soir, elles sont des centaines et des centaines à tourner, à tournoyer, à s’élancer et à virevolter sans cesse, en battant vivement des ailes, partout dans la ville.


Elles ne volent pas très haut, ou alors, elles font souvent de brusques plongeons planés, des chutes abruptes et contrôlées, frôlant des murs
de leurs ailes infatigables, passant très bas au-dessus des têtes, pour se redresser et remonter soudain et tout aussi promptement vers des hauteurs plus convenables.

Lorsqu’on les observe un peu trop longtemps, trop longuement, on en arrive à se demander si la constante agitation de ces oiseaux rapides et agiles dans le ciel et dans les rues de Chouchi ne comporterait pas une chorégraphie secrète quelconque, un mouvement prémédité, un agencement codé, comme une sorte de danse symbolique, un signe mouvant, ou encore, un mystérieux ballet chargé de sens et de significations infinies et impénétrables.

Et puis, elles sont vraiment très bruyantes, les hirondelles à Chouchi. Cela aussi a quelque chose de particulier, car à beaucoup d’autres endroits dans le monde, de tels oiseaux peuvent certes emplir le ciel, mais sans gazouiller autant, et aussi fort. Ici, les hirondelles s’époumonent, criaillent, crient et s’égosillent sans arrêt, continuellement, de l’aube jusqu’au soir, en tournant et tournoyant interminablement dans et au-dessus de la ville.

Bref, ce mouvement et ce vacarme incessants des hirondelles de Chouchi ont quelque chose d’anormal. Et toute cette exubérance tranche et contraste de manière frappante avec les allures de ville-fantôme que revêt, à plusieurs égards, cette étrange localité.

Il y a aussi beaucoup de ruines, à Chouchi. Beaucoup trop, après tout ce temps… Certes, il y a bien ça et là de nouvelles constructions, et divers travaux de réfection et de rénovations sont en cours, mais les ruines continuent de dominer le paysage. Édifices vides et inhabitables, murs effondrés, bâtiments béants, immeubles fantomatiques et lugubres… Et puis, lesrues saccagées, à peine praticables, parsemées de larges cratères dans lesquels de la végétation sauvage a poussé.

Enfin, il y a les gens. La population de Chouchi. Ils habitent pour la
plupart dans des blocs-appartements improbables, aux façades rouillées, écaillées et ravagées. D’autres campent dans des maisons plus ou moins rafistolées. Ils vivotent, ils endurent, ils survivent. Ils tiennent bon. Dans une ambiance surréelle, défiant les éléments et leur dur destin, traumatisés mais bien debout, ils tiennent bon. Ils attendent…

Survolons un moment, comme les hirondelles continuellement pressées de cette ville figée, l’existence hors du commun de ces gens hors du temps.

*****

[Tous les noms ont été modifiés]

*   Varouj et Julietta ont trois enfants, tous nés après le cessez-le-feu. Ils vivaient en Azerbaïdjan, jusqu’au début de la guerre. Varouj a participé aux combats. Il était conducteur de char d’assaut. Son fils de 9 ans est convaincu que son papa était dans le premier blindé qui a pénétré dans Chouchi, sans se rendre compte que la preuve de sa méprise se trouve exposée à l’entrée même de la ville; et que son père a plutôt eu de la chance de ne pas faire partie de l’équipage sacrifié du premier blindé en question….  «J’ai perdu mes cheveux au sommet du crâne, à cause de mon casque», explique cependant Varouj, en se tenant la tête.

Varouj et Julietta parlent à peine l’arménien. Jusqu’en 1988, ils ont toujours vécu avec les Azéris. Mais dès le début du mouvement de l’Artsakh, Varouj a commencé à militer. «La patrie a appelé», résume-t-il. Et puis, après les massacres des Arméniens d’Azerbaïdjan, il a rejoint les rangs des combattants. Julietta se souvient, on dirait avec une certaine tendresse, du temps lointain où elle vivait parmi les Azéris. Parce que ces souvenirs sont avant tout ceux de sa première jeunesse, et d’une époque de paix, aussi fausse, trompeuse et factice fut-elle.

Car elle se souvient aussi de ce jour où, à Bakou, elle était sur le balcon lorsqu’elle a vu des jeunes azéris débarquer de leur voiture dans la rue, assoiffés de sang arménien. Elle se souvient comment sa mère lui a crié de se retirer du balcon. Sa mère, qui par la suite avait mis un bidon d’essence et une hache à côté de la porte de leur appartement. En lui expliquant que lorsque les turcs viendraient les attaquer, il fallait essayer d’en tuer un ou deux, avant de mourir…

Julietta se souvient aussi, plus tard, les horribles moments d’attente, lorsque Varouj était au combat. Attendre était le plus difficile, explique-t-elle. Alors un jour, elle a sérieusement demandé à Varouj de l’accompagner au front. Elle avait participé avec succès à des concours de tirs quand elle était jeune fille, et estimait pouvoir être utile au combat. En tous cas, elle préférait rejoindre son mari sur le champ de bataille, plutôt que de l’attendre, seule, dans son refuge. Varouj a pris la demande en considération, mais a fini par refuser. Pour la seule raison que, contrairement à d’autres bataillons, il n’y avait pas de femmes dans son unité de combat, et qu’en conséquence, il trouvait la suggestion de son épouse plutôt inconvenante. Pour conclure ce qui s’est passé durant cette période, Varouj serre fermement ses deux mains ensemble, et dit: « la nation entière ne fit qu’une».

Après le cessez-le-feu, Varouj et Julietta ont vécu pendant un certain temps dans une autre région en Arménie. Mais comme on entendait souvent parler de la reprise des hostilités, Varouj a décidé qu’ils déménageraient à Chouchi. Pour ne pas risquer d’être éloigné, au cas où la guerre recommencerait.

À présent, il a un petit emploi. Elle est institutrice. Ils vivent dans une maison modeste et sobre. Julietta essuie bien quelques larmes furtives, à quelques reprises, mais en général, un large sourire illumine son visage. Leurs enfants sont joyeux, rieurs. Leur fille aînée joue du piano, et apprend à chanter. Leur fils dessine très bien. Julietta explique que pour eux, il est humiliant de recevoir de l’argent en cadeau. Ils préfèrent obtenir des emplois mieux rémunérés.

*   Manig et Dikran ont quatre enfants. L’aînée est mariée et vit ailleurs. L’un de leur fils fait son service militaire. (On l’y a empêché de voter aux récentes élections législatives, après l’avoir interrogé sur ses intentions à cet égard). La famille n’est pas originaire d’Artsakh, mais ils ont décidé de s’établir à Chouchi, depuis plusieurs années.

Éduqués, motivés et cultivés, ils n’ont pas encore réussi à obtenir un emploi. Cela pourrait être attribué, du moins en partie, au franc-parler de Dikran, qui ne semble pas être en très bons termes avec les notables locaux… Si la situation perdure, ils pensent quitter Chouchi. Entretemps, leur jeune fille participe activement à l’association de jeunes de l’église. (Ils ont un programme de nettoyage des églises sur l’ensemble du territoire arménien, mais il a été interrompu, par manque de soutien financier de la part du diocèse). Le cadet chante des chansons patriotiques, surtout celle dédiée à l’Armée nationale.

On aime beaucoup danser, dans cette maison, c’est connu de tous. À tout moment, l’un d’eux met une cassette, et ils se lèvent tous pour danser énergiquement, en faisant trembler le plancher et les murs, dans leur petit appartement dégarni et propre. Loin de se plaindre, il arrive aux voisins de venir les rejoindre, quelle que soit l’heure tardive.

*   Anna avait dit à son fils qu’il n’avait pas de père. Jusqu’à ce qu’un jour, celui-ci se pointe en ville, et qu’elle soit obligée de dire la vérité à leur enfant. Le problème est que le père en question a une famille, ailleurs, une femme et des enfants légitimes… «Mais je m’en fous», affirme calmement Anna. «Moi, je ne veux pas briser un foyer.» Et elle conclue fermement, en répétant plusieurs fois : «en tous cas, mon enfant, il est à moi». Et cela lui suffit.

Anna donne encore d’autres explications. De maigres allocations sont allouées aux enfants, s’ils n’ont pas de père, ou si leur père est un blessé de guerre. Mais si le père est capable de travailler, mais ne le fait pas, il n’y a aucune assistance financière gouvernementale. Peu importe, si les emplois sont pratiquement inexistants. Pour remédier à cette situation, explique encore Anna, certains couples se séparent, pour que les enfants deviennent éligibles aux allocations. Que, au départ, ce soit une fausse séparation ou pas, le résultat est souvent le même, puisque dans tous les cas chacun finit par faire complètement vie à part.

Anna révèle enfin l’ingéniosité illimitée de certaines autorités, en révélant une situation bien particulière. Avant, les invalides de guerre recevaient une pension, s’ils n’avaient pas d’emploi. Mais comme il s’agissait d’un montant insuffisant, voire dérisoire, la solution a été vite trouvée: désormais, ils ont parfaitement le droit de travailler, et de toucher en même temps leur pension… Il ne reste donc plus à ces invalides qu’à trouver un emploi. Dans une ville elle-même paralytique, de surcroît. Fallait y penser… [Cela dit, il convient de noter que certains anciens combattants blessés, que ce soit en Artsakh ou ailleurs, sont devenus des hommes d’affaires avisés, honorables et prospères.]

*   La patience de la population est mise à rude épreuve. Alors, parfois, l’exaspération de certains d’entre eux leur inspire de terribles doutes… Y aurait-il une raison occulte, innommable, au fait que le développement de Chouchi se fait tant attendre… ? Alors, l’insécurité s’installe dans les esprits. La majorité d’entre eux ayant déjà fui une fois en laissant tout derrière eux, ils ont des angoisses irrépressibles…

Cet état d’esprit et entretenu et amplifié par la propagande à la télévision azérie, captée ici, et où, jour après jour, on ne fait qu’affirmer et jurer, promettre solennellement à la population azérie, que Chouchi, surtout et notamment Chouchi, sera reprise de nouveau… Par contraste, la télévision arménienne fait preuve d’une réserve, d’une pudeur extrême, sur le sujet de l’Artsakh…

Ces craintes sont certes irrationnelles, excessives et illogiques. Il n’en demeure pas moins que la population locale se trouve dans l’obscurité quasi-totale, sur tous les faits et événements qui se rapportent pourtant directement à leur vie, à leur sort, à leur avenir.

*   Pénible et édifiante expérience que celle du minibus (la fameuse «gazelle»), qui assure la navette entre Chouchi et Stepanagerd… Service essentiel et vital, mais – et c’est le cas de le dire -, souvent cahoteux.

Il n’y a pas d’horaire réel. En principe, le conducteur attend que tous les sièges soient occupés, pour partir. Le problème, c’est qu’il attend trop longtemps, ou alors, il tarde à arriver, de sorte qu’il y a déjà trop de passagers, souvent chargés de sacs ou de caisses. Alors, on s’entasse…

Le moindre recoin du minibus est rempli. Ça relève à chaque fois de l’exploit. Il y a parfois un moment où, littéralement empilés les uns sur les autres, serrés et entrelacés, fusionnés en un amas humain, chacun s’étant niché dans un espace minimal grâce à des contorsions inouïes, on se dit que ça y est, il ne reste plus aucune place possible. Chacun ne dispose plus que d’un centimètre carré vacant, pour y maintenir son nez et respirer, et c’est le moment où l’on se demande à quoi on va s’accrocher, se cramponner, ne serait-ce qu’avec l’auriculaire, lorsqu’on arrivera à la section lunaire de la route et ensuite à la longue spirale des virages sur la côte. Et voilà qu’à ce moment ultime encore, il y a deux ou trois nouveaux passagers qui se pointent… Avec des sacs… Et ils arrivent à se caser ! C’est le conducteur qui fermera cependant la portière, et pour ce faire, il faut que tous se retiennent de respirer un instant.

*   Chouchi manque de fruits et de légumes. C’est très étrange pour une région de l’Arménie, mais c’est comme cela. L’approvisionnement de la ville en fruits et légumes est déficient. Les ménagères doivent ainsi subir, quotidiennement, l’épreuve de la «gazelle», pour aller acheter leurs provisions à Stepanagerd, où les produits en question abondent.

*   Pratiquement tous les adultes, ici, ont participé à la guerre. Chaque personne a, au minimum, un membre de sa famille qui a été tué. Cependant, on ne parle pas beaucoup de ces choses-là, en Artsakh. Et lorsqu’il arrive que quelqu’un en parle un peu, il le fait toujours très calmement, sereinement, sans aucun emportement, sans trace d’émotion.

Ce n’est pas une question de pudeur, de secret, ni quoi que ce soit de cette nature. Car si vous posez une question, et qu’ils ont appris à vous connaître, ils vont volontiers vous répondre. Ils vont vous raconter notamment, en détails, devant leurs enfants qui jouent sur le tapis, les atrocités que les azéris ont commises, et auxquelles ils ont été contraints de réagir, avec toute la force requise. Mais eux, ne conçoivent pas ce sujet avec un quelconque recul analytique, et surtout pas d’un point de vue idéologique.

Pour eux, ce qui s’est passé, c’était tout simplement inévitable, inéluctable. C’était une nécessité vitale. Il fallait qu’ils fassent ce qu’ils ont fait, alors, ils l’ont fait. Et ils le referaient, si ça devait être encore nécessaire. Aucun besoin d’en parler. Il s’agit de leur quotidien, de leur vie courante et en cours.

*   À part le savoureux dialecte artsakhois, les habitants de Chouchi parlent principalement le russe, et pour ceux qui viennent d’Azerbaïdjan, le turc. Évidemment, ce n’est pas par leur choix délibéré qu’il en est ainsi.

D’ailleurs, leurs enfants apprennent et parlent un arménien impeccable, tant dans sa version courante que dite «littéraire». Leurs parents leur demandent constamment de les aider à traduire des mots, pour qu’ils s’expriment aussi correctement en arménien.

Mais il est quand même intéressant de souligner à quel point les efforts d’assimilation, voire d’anéantissement, longuement déployés par les soviétiques et les azéris sur cette population arménienne spécifique, auront échoué. Voire, produit l’effet contraire. Cette même population ayant mené l’un des combats les plus cruciaux et déterminants de l’histoire nationale contemporaine des Arméniens.

*   Il y a trois écoles à Chouchi, ainsi qu’un superbe centre d’éducation musicale. Tous les enfants sont scolarisés. Et pratiquement tous apprennent à jouer d’un instrument de musique (piano, violon, flûte, même le kamantcha…), ou ont d’autres activités culturelles. Les enfants de Chouchi ne sont pas tristes. Et si certains de leurs parents le sont parfois, c’est peut-être parce qu’ils ne réalisent pas suffisamment leur réussite essentielle, primordiale, que prouve le sourire éclatant et constant de leurs enfants. Même dans le dénuement le plus grave, les enfants de Chouchi jouent, rient et s’amusent, à Chouchi.

*   Il y a peu de mendiants, à Chouchi. Et ils sont continuellement vilipendés, conspués par le reste de la population. Si, d’aventure, un visiteur mal avisé voudrait offrir de lui-même quelques bricoles à quelques enfants, il ne sera pas nécessairement accueilli avec bienveillance, et ce, dans le magasin même où il voudrait acheter ses petits cadeaux… Et les enfants concernés qui l’y suivraient se feront sévèrement gronder, s’en feront chasser même, par le marchand lui-même, manifestement contre son propre intérêt…

Si, à l’occasion, il y a des attroupements de quelques enfants solliciteurs autour de certains cars de touristes, c’est parce que les passagers de celui-ci auront commencé d’abord à distribuer des dons. Ou que d’autres visiteurs similaires auront précédemment établi de telles habitudes. Il arrive de voir un parent gifler son enfant dans la rue, parce qu’il l’a vu demander quelque chose à un visiteur.

*   Dans n’importe quel autre endroit du monde, une situation aussi intenable aurait dégénéré en une criminalité en croissance exponentielle. Or, ici, à n’importe quelle heure de la nuit, vous pouvez déambuler dans inquiétude dans les rues les plus obscures de Chouchi. On ne vous importunera même pas pour une cigarette. Au contraire, si vous en avez envie, frappez à n’importe quelle porte, ils vous serviront à boire et manger. Quitte à rester à jeun eux-mêmes.

*   Il y a deux églises et trois mosquées à Chouchi. Originellement, il y  avait bien au moins sept églises, mais les Turcs sont passés par là.

*   Souvent dans les villes, la façade est réjouissante, mais l’envers du décor, déplorable. À Chouchi, ça serait plutôt le contraire. À prime abord, les choses se présentent plutôt mal, c’est le moins que l’on puisse dire…

La majeure partie de la ville est toujours un champ de ruines, il n’y a quasiment pas d’activité normale dans les rues, et les gens sont parqués dans des immeubles délabrés. Mais en y regardant de plus près, on constate que tout n’est pas si noir que cela.

Le seul fait que cette population soit encore là, dans ces conditions parfois invivables, démontre non seulement leur endurance vraiment exceptionnelle, mais aussi leur foi profonde dans l’avenir.

*    Et puis, il y a cette véritable manie qu’ont quelques-uns de se plaindre, systématiquement, outrancièrement et à l’infini…

C’est comme une coutume locale (que l’on retrouve d’ailleurs dans l’ensemble du pays). Là encore, si leur interlocuteur se limite aux seules paroles qu’il entend, il y aura malentendu. Car souvent, les lamentations excessives et démesurées de ces quelques-uns constituent un moyen expéditif de se défouler, voire de culpabiliser l’interlocuteur en question. Celui qui profère ces plaintes croit peut-être réellement à une fraction de ce qu’il dit, mais le reste, c’est du surdosage plus ou moins tactique. (Essayez d’exprimer vous-même, devant la même personne, les critiques excessives qu’il débite lui-même, et vous allez voir le revirement…) Bref, il faut bien trier et filtrer, si on veut vraiment tenter de comprendre. Enfin, les vrais malheureux, eux, ont plutôt tendance à se taire. Ce silence-là est beaucoup plus troublant que certains flots interminables de plaintes et complaintes.

*   Edouard et Venara sont de Bakou. Ils ont une fille née après la guerre. Edouard a perdu une jambe, suite aux combats. Il n’arrête pas de raconter des histoires drôles. Par exemple, cet épisode impayable où, en pleine guerre, à l’hôpital, lui et ses camarades se sont amusés à soûler un médecin, au moyen d’une terrible liqueur verdâtre. Edouard mime alors plusieurs fois, en rigolant, comment le type n’arrivait même plus à se lever de sa chaise, et y retombait, à chaque essai, et puis, comment il a fini par quitter la pièce, en se cognant d’un mur à l’autre, à plusieurs reprises, dans le long couloir. Ils s’esclaffent alors, lui et sa femme, et entre deux rires francs, sa femme renchérit : « pas étonnant, donc, qu’on t’ait opéré deux fois, pour couper correctement ta jambe!». Et ils rient de plus belle.

Edouard raconte aussi comment, peu après l’opération, lorsqu’il n’avait pas encore de prothèse, il dansait sur une seule jambe, lors des petites fêtes improvisée à l’hôpital. Ça continuera comme ça, pendant toute la soirée… Ensuite, nous montons à un autre étage du même bloc d’appartements, pour visiter cette fois-ci une famille de rescapés de Soumgaït. Les enfants mettent de la musique. Tout le monde se met à danser.

*****

Les hirondelles, innombrables, n’arrêtent pas de tournoyer et de lancer des cris stridents, dans le ciel limpide de Chouchi. Mais il n’y a rien de mystérieux en cela. Le fait est que si on les remarque autant, c’est parce qu’il n’y a pas beaucoup de monde, dans les rues de Chouchi… Et c’est pour la même raison aussi, qu’on les entend autant. Ainsi, malgré toutes ces hirondelles, le printemps se fait toujours attendre, dans cette ville somme toute sinistrée. Ce qui n’empêche pas ses habitants à continuer leur vie. Et àtenir bon.

Haytoug Chamlian

Octobre 2005

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Entrée Principale

Non! à cette «Arménie»

[ Une version «adoucie» de cet article est également publiée dans la Tribune Opinions du site de Nouvelles d’Arménie Magazine/Armenews. Que voici. ]

Il y a une chose, un paramètre significatif, qu’un grand nombre de personnes d’origine arménienne ne comprennent pas.

Littéralement, ils n’ont pas conscience de cela. Cela leur échappe, cela dépasse leur entendement.

Et puisque personne d’autre ne le fera, le soussigné va exposer ici cette réalité fondamentale, actuelle et courante, qu’une trop grande majorité des Arméniens n’ont pas encore saisie.

Alors voilà.

* * *

Il y a des Arméniens dans ce monde, qui ne veulent PAS de la soi-disant «Arménie» préconisée par ses dirigeants actuels.

Ils n’en veulent plus, de ce machin.

Ils préfèrent  la disparition totale de cette fausse, factice et trompeuse «Arménie», de cette pathétique illusion d’une «Arménie»,  à son existence abstraite, vide. Insensée et dénuée de sens.

Car l’existence artificielle de cette aberration constitue un affront permanent, continuel, à l’encontre de tout ce qui avait été possible d’accomplir, au prix de sacrifices ultimes (et certainement très réels!), depuis quelque 200 ans, afin de tenter d’établir un pays digne de ce nom.

* * *

Nous sommes fortement minoritaires à être ainsi, bien sûr.

Nous l’avons toujours été. Et ce «nous» se rapporte au présent mais aussi au passé, à notre Histoire contemporaine. (J’ose espérer que personne n’aura la courte vue de confiner ces propos à seulement un milieu arménien, spécifique et particulier…)

L’Histoire invoquée ici est celle qui est enracinée dans le Réveil national arménien, amorcé dans les années 1930.

Un Mouvement international, supranational, pan-arménien, qui aura réussi à engendrer au moins ce bout de territoire nommé encore «Arménie», après quelque cinq siècles et demi de la disparition totale d’un tel nom sur les cartes géographiques en vigueur.

Car l’«Arménie réelle» dont on parle aujourd’hui, était en fait une «Arménie imaginaire».

Un rêve illogique, ridicule et nuisible, composé et prôné par des nationalistes écervelés. Pendant 2 siècles. Jusqu’à ce que République d’Arménie s’ensuive, en 1918. (Année anniversaire du début de son suicide, sur sa Place de la République, exactement un siècle plus tard…)

* * *

Pour ce qui est du présent, les quelques Arméniens qui ont encore un soupçon de rêve national, constituent une espèce en voie d’extinction.

Des dinosaures, en somme. Disposant d’un ultime sursis, alors l’impact de la météorite a déjà eu lieu, effaçant à jamais la Nation Arménienne sur cette planète. Le concept de cette Nation, seulement. Puisque celle-ci n’a jamais pu devenir véritablement une réalité.

Alors, si l’«Arménie» va être, ne va être que, cette «Arménie réelle» dont on nous bassine et qu’on veut nous faire avaler maintenant, alors nous avons le droit de penser qu’il vaut mieux que la fable se termine totalement.  Voire, de vouloir, de souhaiter ardemment cela. La suite et la fin de ce que les Tucs ont entrepris, depuis 2020. L’achèvement des travaux.

Qu’on en finisse enfin, une fois pour toutes.

Qu’il ne reste plus absolument aucun espace territorial qui porterait le nom d’«Arménie», sur la planète Terre.

Cela serait plus acceptable. Plus honnête.

Plus honorable.

* * *

Si ces propos vont offusquer qui que ce soit, eh bien, souffrez donc de noter que, pour les Arméniens que j’évoque et dont je suis, un certain discours ambiant est sûrement plus insupportable.

Au nom du pragmatisme, au nom du bon sens et de la raison, par souci de «sauver les meubles» – alors qu’il n’en reste même plus -, beaucoup d’Arméniens sont en train de louanger et de vanter les vertus de la Capitulation Absolue, de l’humiliation infligée à soi-même, de l’abdication inconditionnelle, de l’abandon éperdu à un déshonneur total, intégral et final.

On tente de faire valoir que nous devrions à présent effectuer une révérence à genoux, voire nous aplatir sur le sol, à plat-ventre, devant un ennemi multiséculaire et maintes fois génocidaire, alors même qu’il est en train de parachever sa besogne.

«Collé à l’asphalte!»… Serait-ce donc ça qu’il voulait dire, Le Pingouin surexcité, durant ses campagnes électorales tonitruantes, son petit marteau à la main… ?

Il évoquait donc l’Arménien collé à l’asphalte, qui, tête baissée vers le sol, cherche désespérément la main du Turc, pour l’embrasser et la poser sur son front.

Cette main qui tenait et maniait le yatagan,  lors de l’égorgement de ses parents…

On n’entend donc plus que l’apologie de la lâcheté, de la veulerie et de la couardise, dans l’univers piteux des perdants éternels, des pitoyables losers invétérés, que sont finalement devenus les Arméniens.

Et ce discours abject qui nous est infligé, s’exprime, de plus, sur un ton hautain et agressif. Comme si leurs auteurs  étaient exaspérés, courroucés, à l’égard de ceux et celles qui auraient l’outrecuidance de ne pas être d’accord avec leur opinion péremptoire, géniale.

Car la posture est présentée, de surcroît, non seulement comme du courage (!), mais aussi la production d’une d’intelligence supérieure, s’il-vous-plaît…

* * *

Cette posture stupéfiante relève, en particulier, d’un esprit de collaborationnisme crâneur, spécifiquement français.

Car même si vous voulez oublier l’Artsakh, veuillez au moins vous rappeler que l’ennemi a profondément pénétré, envahi, de vastes territoires qui appartiendraient officiellement à l’«Arménie», et qu’il ne s’en pas retiré, pas d’un  pas, depuis déjà 4 ans.

Et ça serait ceux qui s’insurgent contre la remise d’autres territoires, alors que cette occupation de territoires reste en place, qui seraient à critiquer. Véhémentement…

Ces territoires envahis et occupés par les Turcs, en Arménie même – dans ces 29,743 kilomètre carrés dont se contenterait volontiers Pashinyan (car toute cela constitue sa propriété foncière privé, n’est ce pas? en vertu du mandat que le peuple lui confié…), ces territoires ne vont nullement être évacués par l’envahisseur, pas même d’un pouce, avant la signature du traité de «paix» que le gouvernement arménien est tout à fait disposé à signer immédiatement. Si les Turcs le veulent bien…

Il va les récupérer comment, ces vastes parcelles de son jardin personnel de 29,743 kilomètre carrés, après avoir signé son  traité de paix ?

Il va procéder comme il l’a fait, pour l’exécution des obligations fondamentales contractées et signé par les Turcs, dans le document du 09 Novembre 2020… ?

Ne serait-ce que sur ce point, Vichy avait fait mieux qu’Erevan, quand même…

Grâce à l’intelligence, la rationalité, le pragmatisme éclairé et l’infinie sagesse de Pétain, les frontières officielles de la France n’avaient pas été définitivement modifiées.

Il y avait encore une ligne de démarcation, et tout restait encore à définir, à déterminer.

Et ce, à cause de ces imbéciles de résistants (une infime minorité obtuse de la population), qui ne voulaient pas se rendre à l’évidence. Se résigner à l’idée d’une France Réelle…

Alors, pour l’«Arménie» résiduaire aussi, vous voulez maintenant appeler la Paix, ce que Le Joker veut signer, en suppliant les Turcs d’accepter cette signature ?

Pourquoi pas.

Après tout, c’était la Paix aussi, notamment à Paris, lors de l’occupation nazie. Suite à la fameuse guerre-éclair. Laquelle aura été certainement moins vaillante, sûrement moins héroïque, que celle que nos enfants ont mené en Artsakh.

Mais bon, lorsque ce sont les Français raisonnables et  sensés qui avaient courbé l’échine (pas difficile, lorsqu’on n’a pas de colonne vertébrale), qui s’étaient agenouillés,  pour embrasser les bottes noires luisantes de l’ennemi, ce n’était pas tout à fait la paix, pour les Français de religion juive…

Mais ça, oh, ça ne compte pas!!

Pas plus que le sort des Artsakhtsis, ces faux Arméniens, n’a de l’importance pour les Arméniens de l’«Arménie». Les seuls vrais Arméniens. Les Arméniens Réels…

* * *

Il n’y a pas eu de trahison de la part de Monsieur Pashinyan, non.

Des erreurs monumentales, certes, mais pas intentionnelles.

Et cela même, ce n’est pas de sa faute. Car ce sont les Arméniens qui l’ont porté au Pouvoir Absolu. Avec des cris de joie.

Il n’est donc pas un traître. Il ne l’a jamais été.

Même pas, hélas…

Car il est simplement un idiot.

Et cela était aisément décelable, c’était une évidence manifeste, de notoriété publique, bien avant 2018. Depuis au moins 2007.

Il eût été tellement préférable que ce soit un traître qui ait réussi à faire croire, à autant d’Arméniens, qu’il était le sauveur de l’«Arménie». Plutôt qu’un simple d’esprit…

* * *

Oui, bien sûr, les anciens régimes politiques en Arménie ont leur part importante de responsabilité, dans la Catastrophe infligée aux Arméniens.

Ils ne méritent en aucun cas un quelconque retour au pouvoir, sous quelque forme et dans quelque mesure que ce soit. Cela serait profondément injuste.

Et oui aussi, j’aurais dû être moins indulgent à l’égard desdits régimes passés.

Mais ils m’avaient bluffé. Ils étaient un bluff. Tout comme leur maître monstrueux de Moscou.

Mais le patriotisme est quand même une forme d’amour, et l’amour rend aveugle. Il peut même inciter à détourner ou à fermer les yeux volontairement, sciemment. Et les charlatans en profitent, sans vergogne. En tout temps et partout.

Mais ma position en question était aussi motivée par l’espoir, par l’optimisme, par la patience. Par la confiance en l’avenir. Le tout, conjugué à un travail réel, continuel et de longue durée, de longue haleine, sur le terrain.

Il y avait de la prudence élémentaire, aussi. Et cela, au moins, était pleinement justifié, telle que la suite des choses l’a démontré, hélas.

Alors que beaucoup d’Arméniens de la Diaspora ont agi de manière cavalière et irresponsable, en apportant leur soutien – au nom de concepts et de grandes idées – à un mouvement qui était manifestement dangereux pour l’Arménie, et dont les conséquences catastrophiques allaient affecter seulement les populations de l’Arménie et de l’Artsakh.

* * *

Mais la différence fondamentale entre l’aveuglement volontaire des amoureux de l’Arménie d’aujourd’hui, versus ceux d’avant, c’était : l’Artsakh. Il y avait au moins cette circonstance atténuante…

Alors que, à présent, il n’y a ni Artsakh, ni une Arménie qui serait suffisamment démocratique, véritablement lavée de la corruption systémique, fondée sur une réelle Règle de Droit, etc.

Vous avez beau tenter de vous «consoler» en imaginant de telles avancées de l’«Arménie» depuis 2018, en vous gargarisant ad nauseam de ces jolis mots. Le fait est qu’il n’en est rien. Si vous n’êtes pas de mauvaise foi, vous le constaterez aisément, pour peu que vous suiviez de près se qui ce déroule là-bas…

En tout état de cause, cela ne sert à rien de tenter de vendre cette salade au reste du monde. Personne n’est dupe.

Le dernier coup d’État (en date) à Erevan n’aura fait que désintégrer totalement le peu d’État même, plus ou moins en gestation, qu’il y avait auparavant.

Quant au fameux «pillage» commis par les anciens régimes, 7 ans plus tard, on attend toujours des procès, des jugements.

Alors que le régime actuel détient tous les moyens et les leviers pour déposer des accusations, les prouver adéquatement, et obtenir des condamnations judiciaires.

Mais lorsqu’il arrive, à l’occasion, que Pashinyan exerce lesdits moyens de son soi-disant «État», il ne le fait que pour des motivations personnelles, à des fins de politique internes. Pour s’accrocher à son Fauteuil bancal de dictateur de papier.

Et en conséquence, les procédures se terminent en eau de boudin, dès lors que le danger au Trône de Sa Majesté est écarté par ses policiers, son Parquet, ses soi-disant magistrats et juges.

On est loin des discours enflammés sur la Place de la République, sous les vastes ovations…

Tout compte fait, la Nouvelle «Arménie» post-2018, tout comme l’ancienne, constituent essentiellement la même supercherie.

Mais maintenant avec, en moins, l’Artsakh. Et en plus, plusieurs milliers de morts et de blessés graves.

Un «pays» encore plus pauvre et chaotique. Plus invivable que jamais.

Avec un avenir absolument bouché, à tous égards, et dans quelque cas de figure que ce soit. Sauf pour ceux qui prétendent rêver maintenant, tout en blâmant les rêveurs d’avant, pour les conséquences de leur propre turpitude.

* * *

Que vaut vraiment une «Arménie» indépendante, qui s’apprête à renier, à annuler… sa Déclaration d’Indépendance! Le texte fondateur même de son indépendance. Et ce, pour satisfaire les Turcs.

Une «Arménie» souveraine ? Avec une Constitution qui  lui est ordonnée, littéralement dictée, par les Turcs…

Une «Arménie» digne de ce nom? Avec prochainement une autostrade turque, une voie extraterritoriale appartenant aux Turcs, reliant l’Azerbaïdjan, le Turkmenistan, l’Ouzbékistan, le  Kirghizistan et le Kazakhstan à leur Mère-Patrie que l’on sait.

Une réalisation magistrale, triomphale, du Grand Rêve pantouranien. Tiens, les Turcs aussi avaient donc des rêves.

Ils ne se contentaient pas de leur «Turquie réelle».

* * *

Après tout ce qui vient de survenir et qui se déroule encore, il est sidérant de voir encore autant d’Arméniens, incluant des personnes pourtant intelligentes et cultivées, qui continuent à applaudir, à encourager, à «soutenir» l’étrange énergumène en question.

Alors qu’il a pourtant admis lui-même, à plusieurs reprises et textuellement, être «le responsable numéro 1» de la Débâcle. De la phase initiale et fondamentale de la Déconfiture nationale des Arméniens, toujours en cours.

Connaissez-vous un peuple, du moins dans l’Histoire moderne, qui aurait réélu le même régime, le même dirigeant en chef, dans des circonstances similaires – voire seulement comparables -, après Novembre 2020… ?

Et ce, en lui réattribuant 100% des sièges qu’il pouvait légalement obtenir au Parlement.

Vous ne ressentez pas de la gêne, de la honte, alors que le monde entier voit tout cela… ?

Non?

Ah bon…

* * *

Le monde ne lèvera pas le petit doigt – moins que jamais! mais à présent avec raison, à juste titre -, pour soutenir ou défendre moindrement un tel peuple.

Un peuple qui se complaît à ce point dans la défaite, dans l’opprobre, dans le constant abaissement et rabaissement de soi.

Qui se délecte dans sa lâcheté. Qui prend plaisir à cracher sur son Histoire, à exprimer ses insultes, son mépris et son affront contre ses propres racines, la mémoire de ses ancêtres, de ses grands-parents mêmes.

Tout cela, au nom d’un «avenir» inventif.

Que ledit peuple croit être réel, par ce que son Dirigeant Suprême le lui dit. Un avenir qui n’existe que dans le cerveau détraqué de son inventeur, et que celui-ci croit astucieux et malin d’opposer à ce qu’auraient été les anciens rêves stupides, absurdes, des Arméniens dotés d’un sens élémentaire de la Nation. Et qui seraient ainsi la cause première et ultime de tous nos malheurs…

Encore un peu, et on va nous expliquer que les vraies victimes, dans le fond, ce sont le Turcs.

* * *

C’est cette projection farfelue dans un futur radieux, dont Pashinyan se sert pour envoûter ses adeptes, qui constitue la véritable chimère. Un bien triste mensonge envers soi-même.

Comme un agonisant sur son lit d’hôpital, qui ne reçoit plus qu’un traitement de soins palliatifs, et qui, aux derniers moments fatidiques, dans un dernier spasme de vitalité hallucinatoire, planifie son retour à la maison, ses jours de joie et de plaisirs à venir.

Au train où vont les choses, cet «avenir», en tout cas, existe sûrement moins, que la plus imaginaire des aspirations nationales des Arméniens.

Alors que sans lesdites aspirations, non seulement il n’y aurait jamais eu une libération de l’Artsakh, mais l’Arménie actuelle même n’aurait jamais existé.

* * *

Le jusqu’auboutisme des patriotes purs et durs a certes échoué. Lamentablement. Ainsi soit-il.

Mais il faut noter que pour les plus candides d’entre nous – dont le soussigné -, cette position maximaliste était alimentée et entretenues par des représentations fausses et fallacieuses, spécifiquement au sujet des capacités militaires de l’Arménie. Avec, en prime, l’évocation systématique d’une garantie de sécurité se rapportant au Grand Frère russe…

Cependant, depuis quelques années et à présent, c’est l’extrême opposé de l’intransigeance nationaliste qui domine, plus que jamais, dans l’univers en décomposition des Arméniens.

La doctrine de la soumission totale, des concessions unilatérales, sans réserve et sans limites. Et voilà qu’un cas extrême du syndrome de Stockholm aigu devient une politique gouvernementale. Non seulement sans résistance significative, mais avec l’assentiment de toute la horde de moutons rasés.

Or, ce que les vaillants supporters de cette capitulation vertueuse ne comprennent pas, ne veulent pas comprendre, c’est que rien de tout cela ne pourra mener à une paix réelle, durable, définitive.

* * *

Le seul mérite, l’unique accomplissement de Pashinyan, aura été de révéler au grand jour ce que sont vraiment, ce que sont finalement devenus, les Arméniens. Il vaut mieux ne pas en dire plus, allez…

En dépit du béret kémaliste et du vélo de ce mini-dictateur en herbe (“lion” enragé à l’interne, agneau tremblotant à l’externe…), cette «Arménie» résiduelle ne sera jamais européenne.

Piégé dans le Caucase du Sud, soviétisé à tout jamais – à un niveau génétique -, dénué de toute capacité de se retrouver dans une identité nationale collective, contaminé par la russification la plus toxique, ce semblant de pays ne rejoindra jamais l’UE. Si tant est que celle-ci réussirait à survivre à sa répudiation par une Amérique réveillée.

Alors que : la Russie s’est cassée les quelques dents branlante qu’elle avait, en Ukraine, l’Iran est manifestement moribond, et la Syrie a été offerte sur un plateau de sang à la Turquie.

Bref, l’Empire Ottoman a finalement gagné. Haut la main.

Et la tentative précipitée, irresponsable, aventuriste et puérile de libérer ce semblant d’État du joug de la Russie, aura eu pour effet direct de la jeter dans les bras de la Turquie.

Lorsque la Diaspora occidentale, se la coulant douce dans ses paisibles contrées, a soutenu, applaudi et encouragé l’auto-destruction de ce pays, a-t-elle pensé aux conséquences… ?

Mais pourquoi l’aurait-elle fait, puisque cela ne la concerne pas…

* * *

Personnellement, depuis déjà 4 ans, tous mes efforts visent à m’éloigner et à me détacher au maximum de tous ces sujets. Car ils ne sont plus qu’une source de douleur insoutenable, et rien d’autre.

Cependant, il reste encore des Arméniens comme celui que je fus, en ce bas monde.

Et eux, ils y croient encore… Car ils n’ont pas d’autre choix…

Si vous estimez que vous avez une chance de sortir de ce pétrin final, sans ces Arméniens, voire en vous attaquant à eux, alors allez-y. Continuez ce que vous faites; ou plutôt, ce que vous dites, seulement, puisque de toute façon personne ne fait plus rien.

Et bonne chance.

Aux Turcs.

Haytoug Chamlian

14 Avril 2025

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