Le génocide des Arméniens, c’est aujourd’hui

Le sujet du Génocide des Arméniens est trop souvent abordé sous l’angle de l’Histoire seulement

C’est en raison de cette conception fondamentalement erronée du sujet que, par exemple, à chaque fois qu’il est question de législation en la matière, on entend immanquablement l’objection de « Loi Mémorielle », brandie par certains à l’encontre des démarches législatives de l’État.

Il est donc important que tous ceux et celles qui sont véritablement intéressés par ce sujet réalisent que le Génocide des Arméniens n’est pas encore terminé. Il est actuel, il est toujours en cours.

Voici quelques observations, indicatives et sommaires seulement, au soutien de cette affirmation.

Commençons par le négationnisme.

Le négationnisme, le fait de nier la véracité factuelle d’un Génocide, cela n’est pas un acte distinct, séparé du Génocide.

Le négationnisme fait partie intégrante du crime même de Génocide.

Yves Ternon définit bien cette notion sous cet angle, comme suit : « La négation d’un génocide est une composante du crime. Elle est tissée avec le crime. (…). Instrumentn est à la fois un instrument du meurtre – elle fait disparaître le cadavre – et une réaction de défense contre une accusation de meurtre » (La problématique du négationnisme, Revue L’Arche, mai 2003).

En conséquence, étant donné que la Turquie actuelle pratique systématiquement le négationnisme à l’encontre du Génocide des Arméniens, cette Turquie actuelle continue donc, encore et à ce jour, ce Génocide. Il ne s’agit pas de l’histoire ancienne, mais de l’actualité immédiate, courante.

Au-delà même du négationnisme, quand on dit que le Génocide des Arméniens n’est pas un sujet qui appartient à l’Histoire, c’est aussi en raison des réalités suivantes – encore une fois, la liste n’est qu’indicative – :

. Les problèmes concrets que vivent, à ce jour, une grande partie des Arméniens de la Diaspora sont le résultat du fait… qu’ils se trouvent en Diaspora.

Or, cela ne serait pas le cas, s’il n’y avait pas eu le Génocide.

Sans parler encore de troubles identitaires complexes, ni même d’un profond préjudice psychologique, transmissible à tout jamais, sans parler encore de difficultés économiques, causées par la dépossession d’actifs familiaux, de la perte d’un patrimoine ancestral considérable, dans le cadre du génocide, évoquons ici les réels problèmes de sécurité physique, de dommages corporels et matériels, que subissent actuellement encore les Arméniens, dans certains pays d’accueil (pensons par exemple au Proche-Orient), de réels problèmes actuels qu’ils auraient évités s’ils avaient pu rester et vivre en paix dans leur patrie d’origine.

. Toujours au niveau de l’actualité immédiate du Génocide par opposition à ce qui aurait été autrement son aspect historique lointain : une partie essentielle des problèmes vitaux de l’Arménie d’aujourd’hui est directement liée à ce sujet.

À cet égard, l’actualité du Génocide des Arméniens s’inscrit dans l’urgence même, devrait relever de la priorité la plus brûlante, sur l’agenda de ce qu’on appelle la « communauté internationale, dans le cas spécifique de l’Artsakh… L’une des régions les plus explosives du monde, en ce moment même.

. Le Génocide des Arméniens, au sens strict du terme, se poursuit continuellement, à ce jour, non seulement dans sa phase ultime d’effacement de la mémoire abstraite que constitue le négationnisme, mais aussi par une politique effective, systématique, d’élimination physique et matérielle de la preuve de l’existence arménienne sur les lieux du Crime.

. Le Génocide des Arméniens a pris la forme de massacres contemporains de masse, en Azerbaïdjan et en Artsakh même, de 1988 à 1994.

. Le Génocide des Arméniens s’est manifesté par une nouvelle invasion de l’Arménie, durant la même période de 1988 à 1994 ; pas de l’Artsakh, mais de la République d’Arménie caucasienne même ; on oublie trop souvent que les Azéris, donc les Turcs du Caucase, avaient alors pénétré dans toute la région du Nord-Est de l’Arménie ; sans une résistance farouche, cette région aussi aurait été perdue pour les Arméniens, après la boucherie habituelle que l’on connaît, dans ces cas-là.

. Le Génocide des Arméniens continue, à ce jour, par le blocus de la Turquie contre l’Arménie, et les positions d’offensives militaire turques, tout au long de la frontière du Nakhitchévan.

. Le Génocide des Arméniens est un sujet d’actualité courante et continuelle, lorsque l’on sait que sur les fronts de l’Artsakh, du Nord-Est et du Sud-Ouest de l’Arménie, le panturquisme, le pantouranisme, loin d’être une idéologie abstraite ou obsolète, se manifeste aujourd’hui même, activement, sous forme d’agression militaire.

Durant la seule semaine passée, il y aura eu plus de 230 actes d’attaque directe de la part des Turcs du Caucase contre les Arméniens de l’Artsakh et de l’Arménie, durant lesquels 2000 projectiles de différents calibres ont été tirés par les Turcs sur les Arméniens.

Chacun de ces 2000 tirs de projectiles, dans la seule semaine passée, constitue la continuation du Génocide des Arméniens. Et c’est comme cela chaque semaine, toutes les semaines ; et c’est encore en période de cessez-le-feu.

1915, c’est aujourd’hui, 1915, c’est demain. Et ainsi de suite, encore indéfiniment.

À la seule différence que les Arméniens ont appris à se défendre.

Et au besoin, à riposter aussi.

Haytoug Chamlian

Février 2014

…

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Ne jamais dormir

Au mois de février 2004, il y a donc quinze ans de cela, le jeune officier de l’armée arménienne, Kourken Markaryan, était assassiné, alors qu’il dormait paisiblement, par l’officier de l’armée azérie Ramil Safarov

Les deux hommes se trouvaient à Budapest, dans le cadre d’un programme de formation de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord.

Au moment de l’assassinat, l’officier arménien dormait donc, dans sa chambre. Safarov l’a surpris dans son sommeil, et l’a ainsi tué dans son lit, à coups de hache.

L’autopsie a établi que Safarov a frappé Markaryan a seize reprises, à la tête, avec sa hache, jusqu’à ce que l’officier arménien soit décapité.

Le crime ayant été commis en Hongrie, le meurtrier a été jugé dans ce pays, et en 2006, il a été condamné à l’emprisonnement à perpétuité, sans possibilité de libération conditionnelle avant 30 ans.

En 2012, cependant, les autorités de la Hongrie – membre en règle de l’Union Européenne – acceptent d’extrader Safarov vers l’Azerbaïdjan. Sous la condition d’y purger le reste de sa peine.

Dès son arrivée à Bakou, cependant, Safarov reçoit la grâce présidentielle, une promotion militaire, ainsi que de vastes bénéfices et récompenses.

À ce jour, il est considéré comme un héros national en Azerbaïdjan, où il mène une vie plus que confortable, avec tous les honneurs, en prime.

On aurait tort de focaliser seulement sur les détails physiques de ce crime, en tant que tels. Même l’injustice subséquente n’est pas le sujet fondamental, dans cet événement.

Le meurtre a certes été commis avec une lâcheté et une sauvagerie extrêmes. Bien sûr, la libération précoce du meurtrier suscite l’indignation et la colère.

Mais dans ces matières, et spécifiquement dans le conflit en question, il n’y a vraiment rien de nouveau…

Ce qu’il nous faudrait plutôt retenir, nous les Arméniens, dans cette affaire, c’est plutôt le message que l’Azerbaïdjan a voulu nous transmettre, en cette occasion aussi. Un message de détermination implacable, de cruauté absolue, et une démonstration de force, de puissance financière et politique internationale. Un message de guerre à finir.

Suite aux dernières rencontres en date entre les ministres des affaires étrangères de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan, nous avons tous lu un certain communiqué officiel, où on nous apprend que l’on va et que l’on doit « préparer les populations pour la paix », dans le conflit de l’Artsakh.

À chaque fois qu’il en sera question, dans notre camp, à chaque fois que même la Première Dame actuelle de l’Arménie nous parlera de pacifisme, il serait probablement utile de se rappeler le meurtre de Kourken Markaryan, à Budapest, dans son sommeil. À coups de hache. Et aussi, voire surtout, de nous rappeler que son meurtrier est un héros national dans son pays, jusqu’à ce jour.

Pour parler plus simplement, l’assassinat de Kourken Markarian nous rappelle les conséquences de la cohabitation des Arméniens avec les Azéris, telle que nous les avons bien connues aussi, dans le cadre du conflit de l’Artsakh.

En tout état de cause, nous serions bien avisés de ne jamais nous endormir, dans ce sujet non plus. Et encore moins, de rêver.

Au fait, quand on y pense… Cet assassinat spectaculaire a été commis au mois de février 2004. Février…  hmm…, mais c’est aussi notre mois de commémoration des massacres de Soumgaït, en février 1988.

Alors que la guerre n’avait même pas encore commencé.

Haytoug Chamlian

19 février 2019

Après avoir décapité l’Arménien, à coups de hache
le Turc regarde l’heure, lors de son procès – en Europe… –

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il ne tombera jamais

Ils sont tombés (traduction d’Artsakh)

Mai 2014. Jean Eckian, co-organisateur du disque-événement « Pour toi Arménie », que j’ai rencontré sur et grâce à NAM/Armenews (et qui a donc, par voie de conséquence, toute ma confiance), me contacte.

Il m’informe que, en prévision du Centenaire du Génocide, il travaille sur le projet d’un clip-vidéo, qui consistera à mettre en images la chanson lassique «Ils sont tombés» de Charles Aznavour.

Il demande mon opinion sur son synopsis, lequel est excellent. Je lui suggère seulement d’y inclure au moins une image, furtive, se rapportant à l’Artsakh. Le Monument de Babig et Dadig, par exemple.

En effet, dans la continuité des massacres hamidiens et ensuite en Cilicie par l’Ittihad, et suite aussi à la phase «proprement» dite de l’Arménocide de 1915 en Arménie Occidentale, de vastes massacres génocidaires avaient été commis par les Turcs dans le Caucase du Sud même. Non seulement à Bakou en 1918, et à Shoushi en 1920, mais jusqu’au seuil du 21ième siècle, jusqu’en 1988, 90, 92… (Soumgaït, Kirovabad, Bakou, Malaga…).

Par ailleurs, l’inclusion d’une telle image dans le court-métrage musical en question aurait été aussi un message subliminal… Comme quoi, «ils sont tombés», oui, mais ils se sont relevés, hein. Et comment ! Ils se sont remis debout, se sont époussetés, et ils ont retrouvé leur fierté, leur dignité et leur honneur- et aussi la motivation de continuer à vivre, d’avoir de l’espoir pour l’avenir, tout cela, par la libération de l’Artsakh, symbolisée par ledit Monument. Nous sommes tombés, mais voilà, de nouveau, «Nous Sommes Nos Montagnes». Que la Foi peut certes déplacer, mais seulement la nôtre, et nous ne nous courberons jamais devant l’immonde autel ensanglanté de celle de nos ennemis – ou de leurs complices chrétiens actifs ou passifs -, mais nous ferons bon usage de leurs bassins baptismaux, débordant du sang sacré de nos sacrifiés, pour y soulager et raffermir le fer chauffé au rouge de notre glaive inlassable, notre Tour Guédsagui invincible.

Jean me recontacte en Juin 2014, pour me prier de traduire en arménien les paroles de la susdite chanson, afin qu’il les fasse dérouler comme sous-titres, sous les images, dans son clip commémoratif.

J’effectue le travail en Juillet 2014.Sur le sol de l’Artsakh arménien, à Chouchi, pendant le éroulement du 10ième épisode annuel (sur 15) de la colonie de vacances destinée aux enfants de la ville et de ses environs, que nous organisions et opérions là-bas, en famille, durant plus d’un mois chaque année re: «Shoushi Summer Camp».

Je fais le travail, illico, dans un état de fatigue physique et mentale  extrême. Pour prendre des forces, je regarde par la fenêtre les enfants artsakhtsis jouer et s’amuser sur leur terre miraculée, en écoutant leur joyeux chahut, qui résonne comme un accompagnement de fond des paroles d’Aznavour. Et aussi leur conclusion triomphale, en ces jours encore actuelle et en voie de développement

J’envoie le texte à Jean, avant d’avoir quitté le sol de notre Artsakh.

* * *

 Il y a en fait plusieurs soi-disant “traductions” en arménien de cette chanson…

Elles sont cependant toutes irrecevables.

Leurs auteurs ont pris le sens approximatif, TRÈS général du texte, et ils ont brodé, rafistolé… quelque chose, autour. Et il le chantent chacun à sa manière (mais n’es pas Dalida, qui veut) sur une musique elle-même souvent grossièrement dénaturée de la chanson originale. Somme toute, désolé, mais le résultat n’a quasiment plus rien à voir avec la chanson d’Aznavour.

Par ailleurs, les vagues “traductions” en arménien existantes de cette chanson d’Aznavour sont, de surcroît, en arménien oriental (du plus bas niveau). Alors que l’arménien occidental fait partie des victimes du Génocide en cause, et que sa survie est toujours, à ce jour même en péril; ce rescapé particulier ayant peu de chances de s’en sortir encore, et ce, strictement en Diaspora et exclusivement grâce à celle-ci.

—

La traduction que j’ai effectuée (ci-dessous, tout en bas) est absolument conforme et fidèle au texte original. Elle respecte, à 100%. Les parole, bien sûr, mais aussi la disposition des rimes et jusqu’au mode des rimes décidé par Aznavour pour chaque strophe : rimes suivies, croisées, alternées, embrassées, etc.), ainsi que le nombre de pieds, la rythmique  et le tempo, sur la base de la musique originale. C’est un transfert littéral, de poème à poème. Il ne reste qu’à chanter ces paroles, sur la musique originale (essayez un peu voir, ça  fonctionne, sans effort spécial…)

Plutôt qu’une traduction, il s’git donc mise en poème intégralement et strictement respectueuse du texte de l’auteur, en arménien, et ayant à l’esprit la rythmique de la musique, telle que chantée par Aznavour.

Le texte en arménien qui en résulte,  tout chanteur arménien pourrait très facilement le chanter. Étant entendu que personne ne pourra jamais le chanter comme Aznavour, et aucun chanteur sensé ne prétendra même pouvoir le faire.

* * *

Cette traduction effectuée en Artsakh avec l’aide de Shoushi et de ses enfants est exposée ci-après, tout en bas; veuillez comparer vous-même avec le texte original, ainsi que toute autre “traduction” en arménien…)

* *  *

Le projet n’a pas vu le jour, hélas.

Mais il n’est jamais trop tard, bien sûr…

Et à tout le moins, la version en arménien de la chanson pourrait être utilisée, en tout ou en partie, dans le programme de tout événement commémoratif dédié au Génocide des Arméniens.

* * *

Voilà, c’était donc en 2014, en Artsakh. Beaucoup de sang  a coulé sous les ponts, depuis. Dadig et Mamig n’ont plus que leurs yeux pour pleurer. Tous Leurs enfants et petits-enfants ont été déracinés, sauvagement arrachés de leur terre, reniés et lâchés par les leurs, jetés en pâture aux chacals et aux hyènes.

Quelques-uns de ces enfants eux que je voyais et entendais jouer dehors, tout en traduisant la chanson, devenus des jeunes de 18-22 ans, sont morts dans des conditions innommables, durant les agressions turques subséquentes. (L’un d’eux, avait survécu aux combats, mais alors qu’il accompagnait son épouse et leurs enfants durant l’évacuation finale, il a brûlé vif lors de l’explosion de la station de gaz, sur le chemin. Maktoub!

* *  *

En tout cas,  notre Grand Aznavour, sur son Piédestal  de Troubadour Universel devant l’Éternel, sur sa Scène céleste inondées de Lumières immaculées, ne tombera jamais. C’est notre vénérable Babig immortel de la Diaspora, Notre Montagne à nous, à jamais intacte et intouchable, profondément enracinée dans notre âme d’Arméniens errants – à travers le monde et le temps,(titubant, en cohortes…) – .

* * *

Անոնք ինկան...

Անոնք ինկան համարեա անիմաց

մարդ, կին, մանկիկներ, կեանք տենչացող միայն

ծանրաշարժ, կարծես թէ էակներ խման

հաշմուած, կոտորուած, աչքերով ահէն բաց

..

Անոնք ինկան կանչելով Տէր Աստուած

շէմին ժամերուն կամ սեմին իրենց տան

անապատի հօտ, շարքերով սասան

ծարաւէն ու քաղցէն, սուր-հուրէն հողանցուած

..

Ոչ ոք ձայն հանեց աշխարհի մէջ շէն

մինչ իր արեան մէջ ժողովուրդ մը կը փռուէր

Եւրոպան գտած էր Ճազն իր հնչեղէն

փողի կանչը մանկանց ճիչերը կը ծածկէր

..

Անոնք ինկան, ամօթխած, լռութեամբ

հազարներ, միլիոններ, շարժուող՝ ո՛չ մէկ

պահ մը ծաղիկներ դարձած մանր ու շէկ

աւազի հողմերով պատուած ապա մոռացմամբ

..

Անոնք ինկան աչքերով արեւալի

օդին մէջ զարնուած ծիտիկի նման

որ ուր որ գտնէ՝ կը մեռնի, աննշան

իրենց նինջին մէջ հուսկ՝ անտես, անյիշելի 

..

Անոնք ինկան կարծելով սրտաբաց

թէ զաւակներն իրենց կ’աճին շարունակ դեռ

թէ օր մը կը հասնին անոնք յոյսի հողեր

ձեռք երկարող մարդկանց երկիրներու մէջ բաց

…

Ես այդ ժողովուրդէն եմ, անշիրիմ ննջեցեալ

որ ընտրեց մահանալ, չեղաւ հաւատուրաց

որ գլուխ չծռեց երբեք՝ երբ անարգեալ,

անտրտունջ վերապրո՛ղ ամէն զարկի դիմաց

…

Անոնք ինկան, մտնելով մէջ մութի

յաւիտենական ծայրն իրենց կորովի

զարկաւ անոնց մահը, մեծ, փոքր, անընտրովի

քանզի մեղքն էր անոնց՝ ըլլալ Հայորդի

Շարլ Ազնավուր

(թարգմ.՝ Հայդուկ Շամլեան; Armenewsի համար)

Avril 2026

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Non, à la paix.

Je suis contre la paix.

Non pas de manière générale, tous azimuts, évidemment. Mais sûrement et sans réserve, dans le cas de la paix qui semble se concocter entre un pays qui s’appelle «Arménie» et l’État turc actuel.

Car cette paix équivaut à une exonération, une absolution, en faveur d’un État qui est responsable d’un génocide. Et qui va donc s’en tirer, à cet égard. Pour un crime aussi extrême. Lequel va rester non seulement sans aucune conséquence, mais sans aucune admission même. Voire, avec le maintien des accusations du criminel envers la victime. L’abdication en cours des descendants de celle-ci pouvant même passer pour une admission de ces accusations…

Tout cela, non seulement avec l’assentiment officiel d’un État arménien, mais aussi dans la joie et l’euphorie de ses dirigeants. Il n’y aura pas eu une seule dissidence, aucune, dans une mesure minimale même, parmi la totalité intégrale des députés du régime. Mais pourquoi émettraient-ils le moindre bémol, lorsque cela entraînera la perte immédiate de leurs fonctions, de leur salaire, et de moult autres avantages personnels… ? Alors que, de toute façon, ils bénéficient de l’approbation – ou de l’indifférence – de la majorité de leur population.

Ça serait de l’Histoire ancienne, toutes ces histoires de génocide (si ce ne sont pas déjà des bobards…) ?  Un sujet en tout cas théorique, idéologique (voire discutable…) ? Lequel aura fini cependant par devenir néfaste, nuisible, en premier lieu pour les descendants des victimes eux-mêmes. Un événement d’un passé révolu, dont la perpétuation dans l’actualité mettrait en péril le présent, et entraverait l’avenir, du susdit pays appelé «Arménie»… ? Ces arguments pathétiques, dans l’esprit d’un Arménien, font parfaitement l’affaire des négationnistes, à commencer par l’État génocidaire.

Pourtant, on nous racontait que ce crime contre l’Humanité serait imprescriptible. Et que donc, l’État qui en assumait la responsabilité avait beau nier, nier et nier, mentir, mentir et mentir encore, c’était peine perdue. Il ne réussirait jamais à éviter les conséquences d’une telle monstruosité extrême. Vraiment… ? Par le seul passage du temps, la Turquie n’en aura même pas admis, moindrement, la véracité factuelle ! Au contraire!!

Il n’y a pas que cela. Mettons que 1894-1923, c’est trop loin. Cependant, le conflit contemporain de l’Artsakh s’inscrivait directement dans la continuité du génocide des Arméniens par les Turcs. Il y aura donc eu prescription, exonération, pardon et absolution, concernant les corollaires dudit génocide, survenus du moins en 1988-92, et 2020-23… Allez, tout ça aussi, on oublie ! On fait table rase. Vive l’avenir.

L’avenir des mort-vivants. Qui, après avoir fini par nier leurs propres morts, se seront finalement achevés eux-mêmes. Tout en se persuadant que ce coup de grâce infligé à soi-même serait de la sagesse, de la clairvoyance, de l’intelligence sophistiquée…

Le parachèvement du génocide des Arméniens par les Turcs aura donc eu lieu en 2020-21. Et on l’appellerait : la paix.

Il m’est impossible d’être en faveur d’une telle paix. Même si elle serait réelle, palpable et surtout durable – ce qui n’est pas le cas bien sûr -, je n’esquiverai pas habilement le sujet en me réfugiant dans ce procédé du «oui, bien sûr, qui ne veut pas la paix! mais la voie actuelle pour y parvenir est manifestement vouée à l’échec, et au bout du compte, cela va être tout le contraire de la paix, etc. etc.»

Non, non. En présumant même, en prenant pour acquit, que la paix réelle, ferme, définitive et finale, la paix éternelle, va s’établir prochainement entre un pays qui s’appelle «Arménie» et l’État turc actuel, moi, je suis contre. (Et au fait, c’est le moment ou jamais de déclarer cela. Car sinon, lorsque tout cela va partir en c****les, il y aura beaucoup d’Arméniens qui se taisent aujourd’hui, voire qui accueillent avec joie (ou du moins, avec résignation…) ce qui se déroule, qui tenteront de se refaire une virginité, en voulant faire croire qu’ils n’y ont jamais cru, qu’ils n’ont jamais été en faveur de tout cela, etc. etc. Comme on l’a déjà vu, pour 2018… À propos, pour toute personne dont la mémoire ne s’efface pas en quelques années, voici une donnée factuelle implacable : tous les dirigeants de toute Opposition actuelle ont soit directement participé au dernier coup d’État – particulièrement catastrophique – en question, ou, ils n’ont rien fait pour le contrer) .

Alors voilà, tout comme lors du Printemps d’Erevan suicidaire de 2018, cette fois-ci le soussigné écrit et signe : la paix turco-arménienne, telle qu’elle se développe en ce moment, c’est niet! C’est détestable. C’est littéralement répugnant.

Au fait, je me suis toujours exprimé aussi (et toujours aussi contre vents et marées), contre la fameuse idée de «dialogue» avec les Turcs, d’efforts de «réconciliation» (un terme et concept qui constitue, en soi, une reconnaissance de torts réciproques d’égale importance, soit-dit en passant…), etc. etc.

Toutes ces expérimentations pacifistes se sont amorcées dès les années 1970. Pour s’amplifier ensuite continuellement, devenant de plus en plus trendy, à-la-mode. Et ceux qui ramaient contre ce courant autodestructeur devenant, au cours des ans, de plus en plus rares.

Or, ce sont toutes ces démarches, cette mentalité, cette capitulation, qui ont mené à la perte de l’Artsakh, et qui ont condamné l’Arménie résiduelle à sa situation innommable actuelle.

Il y en aura certains, pour qui ceci serait une première nouvelle peut-être, mais en tant que proche témoin de l’époque, permettez-moi de rappeler ici la réalité suivante: ce qu’on a appelé le terrorisme arménien des années 1973-86, ce mouvement de soubresaut national, n’avait pas pour seul objectif de cibler l’État turc, ou d’attirer l’attention du monde sur le sujet du génocide des Arméniens. C’était aussi, voire surtout, un moyen désespéré, en ultime recours, de secouer les Arméniens, pour tenter de les sortir de leur torpeur. Car pour beaucoup trop d’Arméniens, l’écoulement de 60 ans avait déjà suffi pour transformer un Crime imprescriptible à de l’Histoire ancienne… Alors qu’il y avait encore des survivants du génocide, dans les maisons même de ceux et celles qui voulaient déjà tourner la page de la lutte, la page du combat et de la résistance; soit pour carrément oublier tout, soit pour préconiser désormais – et donc, déjà, depuis cette époque… – la voie du dialogue, de la réconciliation, du règlement poli et paisible du «différend» en cause.

Au fait, à l’époque susmentionnée, dans la Diaspora originelle, une cause fondamentale de cette tendance de certains Arméniens à oublier le Génocide de leurs parents et grands-parents, c’était aussi l’existence de la République d’Arménie. Donc exactement, comme aujourd’hui. Comme s’il s’agissait d’un cadeau que les Turcs nous auraient fait, et dont nous devrions nous contenter, en tant que compensation. Dont quittance.

Beaucoup d’Arméniens de ma génération, avec non pas avec mon éducation, mais mon vécu, ne se résigneront pas à cette situation. Alors que nous ne sommes pas encore, pas tout à fait, des croulants…

On ne peut pas tuer, assassiner nous-mêmes une deuxième fois, nos sacrifiée en cause. Piétiner, profaner leurs cadavres, si tant est qu’ils auront été retrouvés.

Passéisme ? Mais il ne s’agit pas seulement des victimes du génocide que nous n’avons pas connues personnellement. J’invoque ici une multitude de personnes proches qui, durant les derniers 50 ans, se sont sacrifiées. Pas seulement des amis, de la parenté ou des compagnons de route, mais aussi d’autres personnes proches, de tout âge; incluant des enfants de 18-25 ans, en ce qui concerne le soussigné. Non, nous ne sommes pas dans l’Abstrait…

Je pourrais envier ceux et celles qui ne font pas un «problème personnel», de tout cela. Je ne parle évidement pas des businessmen, pour qui tout est – et n’est jamais autre chose que – du bizness. Pour qui, la patrie n’est qu’une entreprise commerciale, une chose corporative. La nation? Oh, une totale nuisance. Sauf si on peut en profiter matériellement, bien sûr; auquel cas, c’est une industrie.

L’enfer, c’est les autres (leur enfer, celui dans lequel ils ont choisi de se vautrer…). Ceux et celles qui, sur le fond, ne seraient pas totalement en désaccord avec mon propos, mais qui ont décidé d’adopter une posture contraire. En vertu de diverses considérations, avec les meilleures intentions.

Je doute que ceux-ci puissent vivre avec la conscience tranquille, pour le reste de la vie que Dieu leur aura accordée ici-bas.

Dommage pour eux. Ils n’auront donc pas compris que dans ce monde, le sens ultime de la vie réside dans le Combat Perpétuel. À tous égards. Et jusqu’au bout.

En eux-mêmes, et avec eux-mêmes, ils ne seront donc jamais en paix.

Haytoug Chamlian

12 Août 2025

Յարատեւ Պայքար

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L’article ci-dessous a été publié, en primeur, dans la Tribune Opinions de NAM/Armenews : https://www.armenews.com/non-a-la-paix-par-haytoug-chamlian/

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