Pour une certaine Diaspora, l’Arménie actuelle n’aura jamais eu qu’une valeur sentimentale, idéologique, abstraite. Son soi-disant charme a toujours été créatif, inventif, relevant du romantisme.
Elle a toujours été un pays pauvre, un pauvre pays. Sous-développé à tous égards. Et dénué de toute identité collective nationale, sans laquelle, aucun pays ne peut vraiment exister. Et encore moins un État qui n’a jamais été pleinement formé.
Les paysages naturels…? Allons, trêve de balivernes. Nous savons tous que dans n’importe lequel de nos pays de la diaspora, nous en avons de meilleurs. Et de loin.
Leur cuisine ? Des grillades primitives, parfois même douteuses. Dont l’attrait fondamental réside dans le fait qu’avec le long rituel de leur préparation (ces gens-là ne travaillent, véritablement, que quelques heures jour, mais ils consacrent littéralement une journée entière à préparer laborieusement un khorovads), suivi des discours (constamment recyclés) du Damada autour de la table, tout cela fournir un superbe prétexte pour ingurgiter pendant des heures, verre après verre, leur vodka à peine buvable.
L’état d’ébriété quasi quotidien, méthodiquement entretenu, est cependant nécessaire, lorsqu’on séjourne dans ce soi-disant pays. Afin de pouvoir supporter tout ce qu’on y voit, entend, subit et endure. Et aussi, ce n’est qu’à coups de rasades d’alcool frelaté, que l’on peut trouver parfois une raison pour laquelle on aura quitté encore une fois notre vie normale et agréable, notre pays moderne civilisé, pour retourner encore une fois, pour la nième fois, passer des semaines et des semaines, dans un tel lieu inhabitable. (Dans la dédicace de son chef-d’œuvre «Le salaire de la peur», Georges Arnaud écrit : «Լe Guatémala n’existe pas. Je le sais, j’y ai vécu»…)
La population… ? Mieux vaut que je n’élabore pas plus. Pas en intro, du moins…
En fait, pas besoin de continuer sur cette voie de réflexion, ne perdons plus de temps.
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La proportion des visiteurs non-Arméniens de l’Arménie est considérable. Lorsque le gouvernement commencera à fournir des chiffres (dans tous les domaines) que l’on pourrait prendre au sérieux, un jour, nous obtiendrons peut-être cette donnée aussi.
Cela dit, bien sûr, il y aura toujours un certain tourisme arménien aussi, vers cet endroit.
Une visite furtive et ludique, superficielle, pour la plupart des Arméniens de la Diaspora originelle (ceux de la Diaspora des hayasdantsis, y vont rarement).
Dans les années à venir, ces Arméniens de la Diaspora proprement dite effectueront encore une petite visite estivale, indulgente et bienveillante, dans cette «Arménie» qui n’a d’arménien que son nom.
Ils le feront par devoir, par culpabilité, ou par recherche d’exotisme. Parce que c’est moins cher qu’ailleurs, aussi. Ils iront y prendre des photos fort appréciées, applaudies et jalousées par leurs «amis» sur Internet. Cela leur permettra aussi, au fin fond d’eux-mêmes, de réaliser à quel point ils ont de la chance de ne pas vivre là. Alors, oui, ils y feront un p’tit tour et s’en iront. La conscience apaisée, et pour ceux qui n’aimaient pas trop leur vie dans leur pays, avec de la consolation à cet égard. La plupart ne feront pas le voyage une deuxième fois.
Ceux qui y retourneront, sont ceux qui font – ou qui veulent y faire – des affaires. Du bizness. Et qui se frottent les mains depuis quelques années, en attendant la lucrative suite des choses, avec l’autostrade triomphale des Turcs qui s’en vient. Mais dont les retombées fructueuses feront une belle jambe aux villageois et autres résidents miséreux des alentours, qui regarderont passer les beaux et gros camions chargés de marchandises. Alors que de richards arméniens, si leurs comptes occultes sont en règle avec le gouvernement, se rempliront un peu plus les poches. Tout en présentant leur commerce avec les bourreaux impunis de leurs grands-parents comme une forme utile de patriotisme.
Il y aura aussi ceux et celles qui ont des ambitions politiques personnelles, dans ce pays où le plus incompétent Arménien de la Diaspora a une chance de se tailler la place que les indigènes de l’élite dirigeante voudront bien leur consentir, entre autres dans ce domaine. Ceux-là, et leurs proches, toucheront le gros lot. En payant la cotisation requise, ils s’infiltreront dans les milieux gouvernementaux, tout en profitant ou en faisant profiter leurs proches de bonnes affaires juteuses, vers l’Est et l’Ouest, en partnership avec les Turcs des deux bords. Ça sera une place de choix, à la table. «Bon appétit, messieurs!», aurait dit Ruy Blas.
Quant aux ratés de la Diaspora, qui sont «devenus quelqu’un» en émigrant dans cet avorton de pays, ils y resteront. Car rien, c’est quand même mieux que moins que rien. Pour ceux-là, c’est l’esprit du bon vieux colonialisme européen, voire la suprématie esclavagiste américaine, qu’ils voudraient bien vendre comme du patriotisme.
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Et puis, il y a les autres. Les quelques autres. Qui, pour un moment, ont vraiment, profondément, passionnément aimé ce pays. Et qui le haïssent à présent, pour ce qu’il est finalement devenu. Ou plutôt, pour ce qu’il s’est avéré être…
Nous y avons cru, comme des idiots, à la noble doctrine de «un seul peuple!, une seule nation!, etc.» La libération de l’Artsakh, et sa sauvegarde temporaire, ont entretenu cette illusion. Ou cet aveuglement volontaire, après un certain temps… Jusqu’à ce que l’on soit forcé de se rendre compte que ces mots n’avaient pas sens, dans le fond. Ce n’était qu’un autre slogan futile. Même si des Arméniens ont sacrifié leurs vies, en y croyant. Durant presque deux siècles. De 1830 à 2020, au bas mot.
Le soussigné y croyait tellement, à tous ces bobards, qu’il avait tourné le dos à sa Diaspora. Quitte à brûler des ponts, qui l’auraient sûrement amené à meilleur port que le deuil indicible, perpétuel, de toutes ces pertes incommensurables.
Après plusieurs séjours en Arménie même, avec ma famille, nous nous sommes cependant consacrés, dés lors uniquement, à l’Artsakh. Dans la mesure où, cependant, une fois que le «coup de foudre» initial s’est dissipé, il devenait évident que le salut ultime de l’Arménie, s’il en est, résidait dans la sauvegarde de ce bout de terre arménien libéré. À tout le moins, dans les domaines du développement économique et de la sécurité nationale, à un niveau minimal et vital; si tant est que toutes les considérations intangibles étaient des choses nuisibles, à rejeter et proscrire, selon les Arméniens doués d’une intelligence supérieure – dont nous ne faisons pas partie, hélas -.
Mais attentions aux autres faussetés courantes. Pour ce qui est de la doctrine nationale susmentionnée, pas seulement la masse des Hayasdantsis, mais aussi la large majorité des Artsakhtsis eux-mêmes, n’y croyaient pas. Ils n’y ont jamais cru. En fait, ils ne comprenaient même pas ce que cela signifie.
Cet amas d’opportunistes, de fraudeurs et de matérialistes, incultes et écervelés, ne connaissant, au mieux, que la loi de la Jungle, n’existant que par le seul instinct alimentaire (mais dont en tout cas les yeux, l’estomac et les poches ne seront jamais rassasiés, durant toute leur vie, même s’ils arrivent aux plus hauts échelons de leur chaîne alimentaire), inclut évidemment les deux charlatans obtus et ridicules, mauvais bluffeurs jouant au poker avec la Destinée de la Nation, issus de feue la susdite région perdue, qui ont gouverné l’Arménie pendant 22 ans…)
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En tant que baume sur la douleur infinie causée par la perte d’un être aimé, un poète aurait écrit «mieux vaut avoir aimé et perdu, que de n’avoir jamais aimé ».
Non. Cela n’est pas vrai.
Tout comme l’Arménie résiduelle n’est pas réelle.
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En Diaspora, les ultranationalistes invétérés dont je suis, entre autres combats à contre-courant des mouvements moutonniers, ont farouchement gardé et défendu le drapeau tricolore de l’Arménie résiduaire actuelle.
Alors que les «défenseurs» de celle-ci, d’aujourd’hui, l’avaient formellement banni de leurs centres communautaires. Où ils nous était littéralement interdit de le brandir moindrement. Sous peine d’agression physique. Le 28 Mai, passe encore, mais pas même le 24 Avril !
Ceci n’étant qu’un petit exemple seulement, de la vaste – et manifestement continuelle – posture de cirage de bottes et de léchage de …, par les mêmes milieux, qui veulent faire passer cela pour du «bon» patriotisme.
Ils veulent bien raconter de vagues anecdotes du passé (non lointain) qui les arrangent, tout en jouant avec une analogie manifestement irrecevable avec le présent et les années 1950-70 (l’Arménie n’était pas indépendante, pas même «sur papier» à l’époque), tout en essayant de glisser sous le tapis des réalités indéniables et significatives comme celles que je viens de rappeler ci-dessous, au sujet du Tricolore.
Allez hop, exhibons une autre absurdité.
Aujourd’hui, les Arméniens de la Diaspora qui font l’apologie de l’attaque de leur Pashinyan chéri contre la personne qui occupe la fonction de Catholicos de Tous les Arméniens, ce sont les mêmes qui, dans les années 1950, rejetaient le Catholicosat de Cilicie, et faisaient le coup de feu contre les tachnags, parce que ceux-ci ne voulaient pas se soumettre au Catholicos de Tous les Arméniens.
Dans la même ligne de pensée, les Arméniens de la Diaspora sont à présent contre le Catholicosat de Tous les Arméniens, parce que cette institution serait à présent au service de Moscou. Les mêmes Arméniens de la Diaspora se canardaient avec les tachnags, dans les années 1950, pour défendre le même Catholicosat de Tous les Arméniens, qui était alors totalement asservi à Moscou !
Enfin, la cerise sur le gâteau : ces gens-là, qui ont léché les bottes staliniennes, sont à présent de farouches supporters des – vaines – tentatives de l’Arménie de s’allier aux USA !
On pourrait continuer longuement cette liste des incohérences. Mais à quoi bon… ?
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En réaction à ce que l’on voudrait nous vendre, mettons cependant les pendules à l’heure.
Car ce n’est pas l’ordinateur de tous les Arméniens (surtout, sa Mémoire) qui aura fait un crash total, pour faire un reboot, avec un système d’exploitation inventif, rafistolé, en Avril 2018. Le tout, au moyen d’un formidable virus…
Ce sont les «anti-Arménie» des années 70-80 qui, dès le rétablissement de I’Indépendance (originellement établie grâce à leurs efforts, à leur action et à leurs sacrifices), ont… révélé leur présence active dans le pays concerné.
Et ainsi, après 70 ans d’opposition à l’Arménie soviétique, dès lors ouvertement, ils ont immédiatement assumé des fonctions cruciales dans la République qu’ils avaient initialement fondée. Un État arménien qui était né, qui avait ressurgi, après plus de 5 siècles de disparition totale, et qui devait retrouver son chemin, à la sortie du tunnel soviétique. (Au fait, non seulement les Arméniens sont restés Arméniens sans aucun État, durant tous ces siècles, mais ils ont vécu leur Réveil National durant cette période. Comme quoi, avec ce que l’on vit depuis plus de trente ans, avoir un État est un handicap, voire une malédiction, pour ce peuple…)
Mais non contents de ce juste retour des choses, en soi, ces anciens opposant de l’Arménie soviétique, dès le rétablissement de l’Indépendance (trop promptement, hélas…), se sont jetés corps et âme, toujours dans l’action, pour contribuer à la création d’une Arménie qui aurait été viable, qui aurait eu un véritable avenir, grâce à l’accomplissement de 1918. Dès le départ, l’Arménie a cependant dévié de son chemin originel salutaire, lequel est à présent totalement saccagé.
La Diaspora traditionnelle ne peut pas se joindre à une telle dérive. Cela ne se fera que sur papier, avec des mots. Signé par des groupes soit inexistants, soit inactifs, impuissants et sans ressources réelles, depuis belle lurette.
Les forces vives de la Diaspora, même si elles ne sont plus ce qu’elles étaient, ne suivront pas les moutons de Panurge qui se ruent vers d’autres précipices encore (car il n’y a pas de mer en Arménie, comme dans le récit concerné de Rabelais… on ne peut donc y sauter, en troupeau, que dans des vallées désertiques, ou encore un abîme insondable d’idiotie collective).
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Aucun Arménien de la Diaspora (originaire) ne dégrade l’image de l’Arménie.
Les Arméniens qui font cela, ce sont un grand nombre d’Arméniens de l’Arménie. Avec tous leurs dirigeants politiques; dès et depuis la fin de l’URSS, certes, mais c’est le dernier en date et sa bande qui remportent assurément le palme, à cet égard.
Mais le contraire est vrai. C’est tout ce beau monde du Caucase du Sud, qui, en raison du nom «Arménie» accolé à leur semblant de pays, non seulement ternissent continuellement l’image de l’Arménie, mais porte atteinte à la réputation de L’Arménien même, dans tous les pays du monde. Alors que nos parents et grands parents, à peine rescapés de l’Horreur ultime, arrivés dans nos contrées diasporiques en ayant tout perdu, portant des haillons et d’improbables baluchons, ont remonté la pente, pour devenir les citoyens les plus honorables, les plus respectés et estimés, dans tous les pays du monde.
Le contraire est vrai, dans le sens, aussi, où ce sont les Arméniens de la Diaspora qui critiquent l’Arménie, qui sont ceux qui, au premier rang, tentent – encore une fois – de sauver l’image de ce pays et celle d’une partie de sa population. Notamment, en démontrant au reste du monde que ce ne sont pas les dirigeants de ce pays, ni leur base électorale, qui représentent une Arménie digne de ce nom. Et qu’ils ne sont pas non plus, de toute façon: L’Arménien universel.
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En attendant peut-être des temps meilleurs (il ne faut pas décourager les jeunes… tout en refusant cependant de leur mentir…), c’est bien simple : le soussigné ne se présente plus comme Arménien, aux étrangers.
Lorsque cela survient dans la conversation, je prends soin d’expliquer que je n’ai rien à voir avec le pays post-soviétique appelé «Arménie». Je réfère ainsi déclarer la vérité, tout simplement. Que : descendant de rescapés des massacres de Cilicie, je suis né au Liban, et que je suis Canadien depuis un demi-siècle.
Car si je me présente, de prime abord, en tant qu’Arménien, tout non-Arménien va conclure que je suis un hayasdantsi, un natif, un indigène ou un ressortissant du pays appelé Arménie. Toutes les nuances et explications subséquentes n’y changeront rien, ils ne les comprendront pas (il y a même un tas d’Arméniens qui ne le comprennent pas !). Or, je ne veux pas être confondu avec ces gens-là. Car je ne suis pas et ne serai jamais comme eux, et ils ne sont pas et ne seront jamais comme moi. Point barre. C’est la stricte vérité.
Ma patrie de naissance et ma patrie d’adoption susmentionnées sont donc certainement plus proches de moi, dans tous les sens du terme, ils font beaucoup plus partie de mon identité profonde, qu’un pays avec lequel je n’ai jamais eu de lien réel. Et avec lequel tous mes liens imaginaires aussi ont fini par s’évaporer. Sûrement pas par ma faute.
Haytoug Chamlian
15 Octobre 2025
P.S. Puisque cet article est publié en primeur dans Armenews, un mot quand même, au sujet de la Diaspora Arménienne de France.
Je me désintéresse de qui veut devenir député, sénateur, ou fonctionnaire de je ne sais quelle officine étatique, dans ce pays autrefois superbe, mais qui n’est plus que l’ombre pathétique de ce qu’il fut. [ Le commencement de sa fin ayant débuté le 10 mai 1981 (élection de Mitterand), et sa chute étant devenue irréversible le 7 février 1992 (traité de Maastricht) ] .
Bonne chance aussi à ceux ou celles qui, par intérêt personnel (pour eux-mêmes ou pour leurs proches), veulent se servir du sujet de l’Arménie. À chacun sa conception de la vie, en ce bas-monde.
Je connais cependant un certain Ara Toranian. Avec qui j’ai certes eu un important différend, concernant le régime actuel de l’Arménie (il a été pour, pendant trop longtemps; alors que dés le début et en tout temps, j’étais résolument contre). Mais qui, après un très long parcours de militant – et à un âge où, paradoxalement à la maturité et aux connaissances acquises, tant d’autres s’adonnent aux vanités les plus risibles -, a poliment et fermement refusé la Légion d’Honneur. Pour maintenir ainsi son intégrité, jusqu’au bout.
De manière plus générale, je me dois d’exprimer aussi une certaine admiration à l’égard de ceux et celles qui pourraient partager, plus ou moins, le fond de mes propos ci-dessus (plutôt moins, que plus, je ne voudrais pas leur causer préjudice! avec les étiquettes qui me sont souvent accolées), mais qui, en dépit de ce tout ce qui est survenu, se sont retroussé de nouveau les manches, pour secourir le pays concerné. Mais pas selon les diktats honteux, déshonorants et avilissants de ses dirigeants politiques invertébrés.
Chapeau bas, à tous ces guerriers vétérans de la Diaspora, qui continuent le combat. Encore une fois contre vents et marées, à contre-courant de la masse incurable des Arméniens.
Haytoug Chamlian
19 Octobre 2025

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L’article ci-dessus a été publié, en primeur, dans la Tribune Opinions de NAM/Armenews : https://www.armenews.com/opinion-diaspora-armenie-la-rupture-est-consommee-par-haytoug-chamlian/
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