il ne tombera jamais

Ils sont tombés (traduction d’Artsakh)

Mai 2014. Jean Eckian, co-organisateur du disque-événement « Pour toi Arménie », que j’ai rencontré sur et grâce à NAM/Armenews (et qui a donc, par voie de conséquence, toute ma confiance), me contacte.

Il m’informe que, en prévision du Centenaire du Génocide, il travaille sur le projet d’un clip-vidéo, qui consistera à mettre en images la chanson lassique «Ils sont tombés» de Charles Aznavour.

Il demande mon opinion sur son synopsis, lequel est excellent. Je lui suggère seulement d’y inclure au moins une image, furtive, se rapportant à l’Artsakh. Le Monument de Babig et Dadig, par exemple.

En effet, dans la continuité des massacres hamidiens et ensuite en Cilicie par l’Ittihad, et suite aussi à la phase «proprement» dite de l’Arménocide de 1915 en Arménie Occidentale, de vastes massacres génocidaires avaient été commis par les Turcs dans le Caucase du Sud même. Non seulement à Bakou en 1918, et à Shoushi en 1920, mais jusqu’au seuil du 21ième siècle, jusqu’en 1988, 90, 92… (Soumgaït, Kirovabad, Bakou, Malaga…).

Par ailleurs, l’inclusion d’une telle image dans le court-métrage musical en question aurait été aussi un message subliminal… Comme quoi, «ils sont tombés», oui, mais ils se sont relevés, hein. Et comment ! Ils se sont remis debout, se sont époussetés, et ils ont retrouvé leur fierté, leur dignité et leur honneur- et aussi la motivation de continuer à vivre, d’avoir de l’espoir pour l’avenir, tout cela, par la libération de l’Artsakh, symbolisée par ledit Monument. Nous sommes tombés, mais voilà, de nouveau, «Nous Sommes Nos Montagnes». Que la Foi peut certes déplacer, mais seulement la nôtre, et nous ne nous courberons jamais devant l’immonde autel ensanglanté de celle de nos ennemis – ou de leurs complices chrétiens actifs ou passifs -, mais nous ferons bon usage de leurs bassins baptismaux, débordant du sang sacré de nos sacrifiés, pour y soulager et raffermir le fer chauffé au rouge de notre glaive inlassable, notre Tour Guédsagui invincible.

Jean me recontacte en Juin 2014, pour me prier de traduire en arménien les paroles de la susdite chanson, afin qu’il les fasse dérouler comme sous-titres, sous les images, dans son clip commémoratif.

J’effectue le travail en Juillet 2014.Sur le sol de l’Artsakh arménien, à Chouchi, pendant le éroulement du 10ième épisode annuel (sur 15) de la colonie de vacances destinée aux enfants de la ville et de ses environs, que nous organisions et opérions là-bas, en famille, durant plus d’un mois chaque année re: «Shoushi Summer Camp».

Je fais le travail, illico, dans un état de fatigue physique et mentale  extrême. Pour prendre des forces, je regarde par la fenêtre les enfants artsakhtsis jouer et s’amuser sur leur terre miraculée, en écoutant leur joyeux chahut, qui résonne comme un accompagnement de fond des paroles d’Aznavour. Et aussi leur conclusion triomphale, en ces jours encore actuelle et en voie de développement

J’envoie le texte à Jean, avant d’avoir quitté le sol de notre Artsakh.

* * *

 Il y a en fait plusieurs soi-disant “traductions” en arménien de cette chanson…

Elles sont cependant toutes irrecevables.

Leurs auteurs ont pris le sens approximatif, TRÈS général du texte, et ils ont brodé, rafistolé… quelque chose, autour. Et il le chantent chacun à sa manière (mais n’es pas Dalida, qui veut) sur une musique elle-même souvent grossièrement dénaturée de la chanson originale. Somme toute, désolé, mais le résultat n’a quasiment plus rien à voir avec la chanson d’Aznavour.

Par ailleurs, les vagues “traductions” en arménien existantes de cette chanson d’Aznavour sont, de surcroît, en arménien oriental (du plus bas niveau). Alors que l’arménien occidental fait partie des victimes du Génocide en cause, et que sa survie est toujours, à ce jour même en péril; ce rescapé particulier ayant peu de chances de s’en sortir encore, et ce, strictement en Diaspora et exclusivement grâce à celle-ci.

La traduction que j’ai effectuée (ci-dessous, tout en bas) est absolument conforme et fidèle au texte original. Elle respecte, à 100%. Les parole, bien sûr, mais aussi la disposition des rimes et jusqu’au mode des rimes décidé par Aznavour pour chaque strophe : rimes suivies, croisées, alternées, embrassées, etc.), ainsi que le nombre de pieds, la rythmique  et le tempo, sur la base de la musique originale. C’est un transfert littéral, de poème à poème. Il ne reste qu’à chanter ces paroles, sur la musique originale (essayez un peu voir, ça  fonctionne, sans effort spécial…)

Plutôt qu’une traduction, il s’git donc mise en poème intégralement et strictement respectueuse du texte de l’auteur, en arménien, et ayant à l’esprit la rythmique de la musique, telle que chantée par Aznavour.

Le texte en arménien qui en résulte,  tout chanteur arménien pourrait très facilement le chanter. Étant entendu que personne ne pourra jamais le chanter comme Aznavour, et aucun chanteur sensé ne prétendra même pouvoir le faire.

* * *

Cette traduction effectuée en Artsakh avec l’aide de Shoushi et de ses enfants est exposée ci-après, tout en bas; veuillez comparer vous-même avec le texte original, ainsi que toute autre “traduction” en arménien…)

* *  *

Le projet n’a pas vu le jour, hélas.

Mais il n’est jamais trop tard, bien sûr…

Et à tout le moins, la version en arménien de la chanson pourrait être utilisée, en tout ou en partie, dans le programme de tout événement commémoratif dédié au Génocide des Arméniens.

* * *

Voilà, c’était donc en 2014, en Artsakh. Beaucoup de sang  a coulé sous les ponts, depuis. Dadig et Mamig n’ont plus que leurs yeux pour pleurer. Tous Leurs enfants et petits-enfants ont été déracinés, sauvagement arrachés de leur terre, reniés et lâchés par les leurs, jetés en pâture aux chacals et aux hyènes.

Quelques-uns de ces enfants eux que je voyais et entendais jouer dehors, tout en traduisant la chanson, devenus des jeunes de 18-22 ans, sont morts dans des conditions innommables, durant les agressions turques subséquentes. (L’un d’eux, avait survécu aux combats, mais alors qu’il accompagnait son épouse et leurs enfants durant l’évacuation finale, il a brûlé vif lors de l’explosion de la station de gaz, sur le chemin. Maktoub!

* *  *

En tout cas,  notre Grand Aznavour, sur son Piédestal  de Troubadour Universel devant l’Éternel, sur sa Scène céleste inondées de Lumières immaculées, ne tombera jamais. C’est notre vénérable Babig immortel de la Diaspora, Notre Montagne à nous, à jamais intacte et intouchable, profondément enracinée dans notre âme d’Arméniens errants – à travers le monde et le temps,(titubant, en cohortes…) – .

* * *

Անոնք ինկան...

Անոնք ինկան համարեա անիմաց

մարդ, կին, մանկիկներ, կեանք տենչացող միայն

ծանրաշարժ, կարծես թէ էակներ խման

հաշմուած, կոտորուած, աչքերով ահէն բաց

..

Անոնք ինկան կանչելով Տէր Աստուած

շէմին ժամերուն կամ սեմին իրենց տան

անապատի հօտ, շարքերով սասան

ծարաւէն ու քաղցէն, սուր-հուրէն հողանցուած

..

Ոչ ոք ձայն հանեց աշխարհի մէջ շէն

մինչ իր արեան մէջ ժողովուրդ մը կը փռուէր

Եւրոպան գտած էր Ճազն իր հնչեղէն

փողի կանչը մանկանց ճիչերը կը ծածկէր

..

Անոնք ինկան, ամօթխած, լռութեամբ

հազարներ, միլիոններ, շարժուող՝ ո՛չ մէկ

պահ մը ծաղիկներ դարձած մանր ու շէկ

աւազի հողմերով պատուած ապա մոռացմամբ

..

Անոնք ինկան աչքերով արեւալի

օդին մէջ զարնուած ծիտիկի նման

որ ուր որ գտնէ՝ կը մեռնի, աննշան

իրենց նինջին մէջ հուսկ՝ անտես, անյիշելի 

..

Անոնք ինկան կարծելով սրտաբաց

թէ զաւակներն իրենց կ’աճին շարունակ դեռ

թէ օր մը կը հասնին անոնք յոյսի հողեր

ձեռք երկարող մարդկանց երկիրներու մէջ բաց

Ես այդ ժողովուրդէն եմ, անշիրիմ ննջեցեալ

որ ընտրեց մահանալ, չեղաւ հաւատուրաց

որ գլուխ չծռեց երբեք՝ երբ անարգեալ,

անտրտունջ վերապրո՛ղ ամէն զարկի դիմաց

Անոնք ինկան, մտնելով մէջ մութի

յաւիտենական ծայրն իրենց կորովի

զարկաւ անոնց մահը, մեծ, փոքր, անընտրովի

քանզի մեղքն էր անոնց՝ ըլլալ Հայորդի

Շարլ Ազնավուր

(թարգմ.՝ Հայդուկ Շամլեան; Armenewsի համար)

Avril 2026

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