3 ans après l’Ultime Catastrophe des Arméniens : le bilan.
Concernant l’Artsakh, pour tous les Arméniens, y compris les habitants de l’Artsakh, les pertes subies de 2018 à 2023 sont de trois ordres.
1. National-idéologique.
2. Matériel et personnel.
3. Humain (perte de vie humaine).
Seule la troisième catégorie constitue une véritable perte.
La première catégorie n’est même pas une perte, à proprement parler. Car on ne peut pas perdre ce que l’on ne possédait déjà pas, ce qui n’existait pas.
Or, une telle chose, entre autres en Artsakh même, n’existait pratiquement pas, depuis la Guerre de Libération. Cela avait été enterré avec les sacrifiés de ladite Guerre.
Par la suite, les rares habitants qui y étaient dotées d’une conscience nationale, appartiennent à la 3ième catégorie ci-dessus, Dieu ait leurs âmes.
En République d’Arménie, idem. La situation était fondamentalement la même, à savoir, un vacuum total, essentiel.
Et au sein de la diaspora aussi, depuis la fin des années 1980, le constat était le même : la foi – et surtout l’engagement tangible -, sur le plan national, était devenu de plus en plus insuffisant, et au bout du compte : illusoire. Une façade seulement
Si tout cela n’avait pas été la réalité, la dernière Catastrophe ne se serait pas produite.
Dans le second cas susmentioné, pour l’habitant de l’Artsakh n’ayant pas perdu un proche immédiat (enfant, père, frère, époux), non seulement, à terme, il ne restera plus un sentiment de perte ni de la douleur, mais de plus, il commencera même à réaliser que sa vie personnelle s’est améliorée. À tous égards. Objectivement, cela est vrai (le reste n’étant qu’une question de conscience, mais il ne faut pas trop en demander !)
Pour les hayasdantsis et les Arméniens de la diaspora, si jamais ils ont eu un sentiment de perte quelconque dans cette histoire, il n’en sera resté rien du tout, peu de temps après l’immense Débâcle.
Le feu ne brûle que là où il s’abat, dit le dicton Et c’est cette blessure-là, seulement, qui ne se cicatrice jamais.
. Le troisième cas est donc celui de la seule perte, de la seule douleur réelle ou durable.
Cependant, cela ne concerne que les parents les plus proches, les parents de première ligne du défunt : enfant, père ou mère, grands-parents, frère ou sœur, conjoint.
Tous les autres – y compris tous les membres de la famille collatérale – «s’adaptent» facilement et rapidement à cette perte. Ce ne sont pas les doctes dictons qui manquent, non plus, pour justifier l’oubli et l’indifférence que sont les véritables sépultures finales des morts.
En l’occurrence, certains survivants pourraient même se consoler, en se disant qu’ils ont eu la chance, dis-donc, de ne pas avoir subi une telle perte. Beaucoup – y compris donc des Artsakhtsis -, se féliciteront du fait que leur vie personnelle s’est améliorée, considérablement, depuis 2023.
Voilà donc la réalité.
Le reste n’est plus que du blabla. Désormais plus que jamais vain, futile et inutile.
Et pour certains Arméniens, leur soi-disant «Arménie» actuelle leur serait suffisante. Ils en sont contents, satisfaits. Alors que l’endroit dénué de sens qui porte encore ce nom n’est plus que le symbole de la Défaite ultime, de la Honte, de l’achèvement de tous les plans d’anéantissement de la moindre nation arménienne.
Au fait, il existe une notion de «nations sans État». Mais les Arméniens sont hors norme, comme toujours. Ils n’ont jamais eu un État réel ou viable, mais ils n’ont jamais pu devenir une nation non plus.
Et pour ce qui est du radieux avenir commercial, du vaste développent économique, toutes ces glorieuses chimères qui semblent tant réjouir, voire exciter certains hommes d’affaires et leurs entourages corporatifs, financiers et professionnels, il conviendrait d’invoquer ces paroles de Jaurès : «l’humanité ne peut plus vivre avec, dans sa cave, le cadavre d’un peuple assassiné.»
Or, à présent le cadavre en question se trouve dans la cave de l’«Arménie Réelle» que veulent nous vendre les marchands de souk de bas niveau, les arnaqueurs malhabiles, qui en sont les dirigeants.
Mais bien plus, plus que cela.
Car Jaurès référait seulement aux massacres hamidiens de 1895-96.
Dans la cave de l’Arménie actuelle, s’ajoutent les cadavres des Arméniens sacrifiés de 1907-1909, 1915-21, 1988-1992,1920-23…
Superbe fondations pour bâtir l’avenir, n’est-ce pas… ? Excellent tremplin pour un développement fulgurant vers les cieux, sans nul doute…
Mais c’est que, ce n’est plus une cave, c’est un cimetière. Une fosse commune saturée. Et ce n’est plus une maison, mais un sépulcre.
Alors, dans la cuisine et la salle à manger de cette joyeuse maison-tombeau, chantez, dansez, buvez et goinfrez-vous donc à votre guise. «Bon appétit messieurs», ferait dire Hugo à Ruy Blas…
Parmi les Arméniens de ce genre, que ceux qui me «connaissent» personnellement m’accordent au moins la grâce ne plus jamais parler, communiquer avec moi. Si je les croise par hasard, pas de problème, c’est moi qui m’en irai.
La vie est trop courte, dans ce monde. La quantité et la qualité de mes proches me suffisent amplement, jusqu’à la fin de mon parcours terrestre. De plus, j’ai aussi le privilège d’interagir parfois, de parler et de passer des moments formidables avec des fantômes, des esprits. Principalement dans mes rêves nocturnes, mais aussi parfois dans mes pensées durant le jour Ces spectres familiers sont sûrement plus vivants que bien des êtres encore en vie ici-bas. Et incomparablement plus agréables, plus intéressants, méritant mon attention – et dignes de ma confiance – .
02 Février 2026 [publication sciemment retardée sur Armenews, par la Rédaction]
P.S. Même pour un Arménien dans mon état, le CCAF, s’il devait continuer sa trajectoire exceptionnelle sous la direction de l’équipe «UNIS POUR L’ARMÉNIE», serait alors une rare lueur d’espoir dans les Ténèbres insondables qui ont envahi et submergé le monde des Arméniens. Il permettra de croire encore qu’une certaine diaspora, refusant de se soumettre, de se résigner à la situation, pourrait contribuer à la gestation d’une Arménie non pas prétendument «réelle» (selon la terminologie de ses dirigeants politiques actuels), mais d’une Arménie authentique.
Au moment où j’écris ces lignes, pour le CCAF, cela n’est pas encore établi. Mais je ferai sûrement une prière, avant d’aller me coucher.
Ne vous agitez pas avec des objections d’«ingérence» dans vos élections. Je suis titulaire de la nationalité française, et ce, depuis 61 ans. Par droit de naissance, s’il-vous-plaît.
(De toute façon, l’inégalable Ara Toranian (et s’il n’en reste qu’un, il sera celui-là! – pour rester avec Hugo, entre amis… -) m’a avisé que cet article ne pourra être publié sur Armenews que lundi, par respect du silence électoral à la veille du scrutin. Nous verrons donc à ce moment-là si ma prière aura été exaucée.)
