Soumgaït et Bakou un génocide infini

[Allocution lors de la 3ième commémoration annuelle, 1991]

« Arméniens, nous vous mettons en garde : ouvrez les portes ! Au nom de la loi, ouvrez les portes ! »

Peu après, la porte craqua sous les coups de hache, et les Arakélians furent roués de coups et traînés dans la cour de l’immeuble, en bas. Le reste se déroula en un instant.

L’homme fut terrassé par les coups de hache et de barres de fer, tué, aspergé de gazoline et brûlé vif. La femme, couverte de blessures, brûlait elle aussi, mais dans un effort surhumain, elle ne bougeait pas, pour éviter de recevoir de nouveaux coups à travers les flammes qui couvraient son corps.

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Compatriotes,

Il y a trois ans déjà, trois ans à peine, lorsque, suite à la résurgence fatidique de la revendication de l’Artsakh en 1988, dans la banlieue de Sumgaït, à Bakou, capitale de la République Soviétique d’Azerbaïdjan, peuplée d’Arméniens, une horde d’Azerbaïdjanais a attaqué les habitants arméniens (tous des citoyens de ladite république…), les soumettant à d’indicibles supplices et à des massacres.

Il y a trois ans, à peine trois ans, que le génocide arménien entrait ainsi, encore une fois, dans une nouvelle phase.

Je viens de vous lire des extraits des témoignages présentés lors du procès en URSS de certains auteurs des massacres de Sumgait, compilés et publiés par Samuel Shahmuradian dans le « Journal littéraire ». Tout au long de mon discours, je reprendrai des citations de cette même source. [L’ensemble du reportage de Samuel Chahmouradian a été publié par la suite dans un livre en français, re : «La Tragédie de Soumgaït : un pogrom d’Arméniens en Union soviétique / témoignages recueillis par Samuel Chahmouradian», présentation de Bernard Kouchner ; préface d’Elena Bonner, Paris : Éditions du Seuil, Paris, 1991. – usage strictement réservé à: la recherche, l’étude privée, l’éducation, la critique ou le compte rendu, avec mention obligatoire de la référence complète du livre. ]

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Les massacres monstrueux  de Sumgaït n’étaient ni un incident isolé, ni un épisode anecdotique.

Après Sumgaït, des attaques et des massacres d’Arméniens (citoyens et résidents d’Azerbaïdjan)  par les Turcs-Azéris ont eu lieu également à Kirovabad, à Bakou et dans diverses régions de la République soviétique d’Azerbaïdjan.

De même que le mouvement de l’Artsakh n’était ni arbitraire ni spontané ou involontaire, mais s’inscrivait dans une suite régulière d’événements et de situations qui s’étaient développés au fil des décennies, les massacres d’Arméniens en Azerbaïdjan n’étaient pas non plus accidentels, mais répondaient à une logique historique et politique précise, fondamentale.

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En effet, cette nouvelle tentative d’assassinat organisée, planifiée, préméditée et exécutée contre la nation arménienne tout entière n’est pas seulement la continuation du génocide “officiel” qui a débuté en 1894-96 (pour se poursuivre en 1909, culminer en 1915, et s’étendre jusqu’en 1920-21), mais aussi la suite d’un conflit sanglant, à la fois politique, culturel et interethnique, civilisationnel, qui a commencé et qui perdure depuis les premiers contacts mêmes entre Arméniens et Turcs.

Concernant les massacres génocidaires en république d’Azerbaïdjan, la  réalité est claire et indéniable : l’ingérence de la Turquie dans le Caucase est manifeste. Le mois dernier, lors d’un entretien avec un journal européen, Turkut Özal a d’ailleurs expressément déclaré que l’État qu’il dirige a un rôle important à jouer, parmi d’autres, dans le Caucase.

En d’autres occasions également, et par divers moyens, les Turcs n’ont pas hésité à souligner leurs liens tribaux essentiels avec les Azerbaïdjanais, ainsi que leur solidarité spécifique avec ceux-ci, sur la question de l’Artsakh.

Ces aveux ne nous étaient pas nécessaires.

Car nous avons compris depuis longtemps la psychologie, la mentalité, les plans et les objectifs de notre ennemi multiséculaire – et éternel – .

Certaines instances nationales responsables et avisées ont tiré la sonnette d’alarme très tôt – ou nous l’ont rappelée… – en exposant immédiatement le complot et exprimant leur position à ce sujet.

Ainsi, une semaine après les massacres de Sumgaït, le Bureau mondial de la Fédération révolutionnaire Arménienne (quite à “indisposer” quelque peu le gouvernement arménien du jour…) a publié une déclaration significative, dont je vais vous lire le passage suivant :

Déclaration concernant les crimes commis contre les Arméniens par les Tatars d’Azerbaïdjan :

La Fédération Révolutionnaire Arménienne considère le massacre d’Arméniens par les Tatars sur le territoire azerbaïdjanais comme un événement extrêmement préoccupant, qui déchire le cœur de l’ensemble du peuple arménien, de l’Arménie à la Diaspora.

Ces émeutes, déclenchées en réponse aux revendications légitimes et respectueuses de la loi par la population arménienne de la région autonome du Haut-Karabakh, et dont l’intention claire est de déplacer cette population et de créer une région exclusivement tatare, font des Arméniens vivant à l’intérieur des frontières de l’Union soviétique les plus récentes victimes en date du fanatisme anti-arménien des Tatars” (fin de la citation).

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L’intention fondamentale et irréversible de l’État turc est l’extermination complète et absolue de la nation arménienne.

L’Histoire, passée et présente, en cours même, confirme ce phénomène essentiel, et les nouveaux massacres du Caucase constituent une manifestation intolérable mais indéniable de cette détermination barbare.

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Hasmig apparut la première sur le perron, suivie de Gariné avec ses deux enfants.

Ira tenta de se cacher avec Lilia, puis supplia une fois de plus, mais fut brutalement chassée du perron. Hasmig et Gariné avaient Déjà été emportées, la foule était en en transe, en état de rage, dans la cour. La seule issue était de remonter à l’étage.

Avec l’enfant – devenue bleuâtre à force d’avoir pleuré – , dans ses bras, Ira  frappa aux portes du troisième étage. La réponse fut la même : «yokh!, yokh! »

Un homme d’âge mûr ouvrit la porte du cinquième étage et, lui tenant la main, la fit entrer silencieusement. Gariné et Hasmig étaient déjà dans l’appartement.

Le propriétaire des lieux enferma tout le monde dans la salle de bains, et leur intima de ne pas émettre un son. Il les y garda jusqu’à la nuit tombée, sans ouvrir la porte de la salle de bains, ordonnant sans cesse aux femmes de ne pas pleurer et d’arrêter de frapper à la porte.

Mais comment auraient-elles pu ne pas pleurer, comment auraient-elles pu ne pas frapper à la porte, lorsque, depuis la cour, par-dessus les hurlements de la foule et les appels du haut-parleur, ils entendaient les cris d’Irina : « Maman ! Maman !… Au secours ! »

Le robuste Igor, se défendant à coups de poing contre les couteaux et les barres de métal qui le frappaient de toutes parts, se dégage de la foule, apparaît de l’autre côté du bâtiment, mais s’arrête brusquement, se tourne vers ses poursuivants et, le torse découvert, crie : « Allez, tuez-moi, faites de moi ce que vous voulez… » L’un d’eux lui jette de l’essence et lance une allumette enflammée.

Igor avait vu sa sœur et son frère se faire démembrer vivants; il avait vu sa mère se faire tuer sauvagement près de l’entrée; en passant de l’autre côté de laimmeuble, il avait probablement aussi vu son père se faire tuer; et donc… il s’arrêta. « Tuez-moi, faites de moi ce que vous voulez… finissons-en…»

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Oui, le massacre de victimes innocentes inspire d’abord l’horreur, ensuite la colère et la révolte, dans le cœur des peuples opprimés et persécutés.

Oui, le souvenir sacré des millions d’Arméniens immolés lors du Grand Génocide est à la fois une source de douleur et de force, pour le peuple arménien.

Cependant, au-delà de cette analyse émotionnelle, par souci d’une franchise objective, demandons-nous si, en 1988, nous avions encore la moindre obligation d’offrir de nouveaux sacrifices, de nouvelles offrandes humaines, devant l’autel constamment ensanglanté de notre destin national.

Étions-nous encore dans l’obligation de payer un tribut de sang à une justice universelle inhumaine, à la logique cruelle de l’histoire, aux forces occultes toutes-puissantes, ces dieux anciens assoiffés de sang et insatiables ?

* * *

« Mort aux Arméniens ! » hurla le chef des bandits dans son haut-parleur.

« Mort… ! » répéta la foule de 200 à 300 personnes.

Déployant le drapeau de la République soviétique d’Azerbaïdjan, ils s’enfoncèrent dans le quartier et, après avoir saccagé de nombreux appartements, ils envahirent la cour de l’immeuble 2B.

Peu après, avec une cruauté et une perversité inimaginables, ils assassinèrent Soghomone et Raïsa Milkumyan, leurs enfants Igor, Eduard et Irina, et brûlèrent le corps de Misha Hambardzumyan, écrasé sous les coups. Ils n’avaient laissé aucun vêtement sur Raïs et sur sa fille de 24 ans. « Irina hurla si fort qu’on l’entendit par-dessus le chahut et les sifflets de la foule en furie. »

* * *

Certes, le cas est différent pour les Fedayins modernes, qui tombent parfois en martyrs dans les montagnes imprenables de l’Artsakh.

De même, le cas est différent pour les héros qui ont assumé leur devoir national suprême au prix de leur vie ou de leur bien-être vital durant les phases guerrières du Mouvement de Libération Arménienne.

Le cas est différent pour tout immortel qui, dans une déflagration indicible, détruit le mur de mensonges et de silence, et inscrit son message sacré en lettres de feu sur les pages ensanglantées de l’Histoire Arménienne.

Le cas est différent pour tout combattant de la justice, fauché par les balles, mais qui renaît aussitôt dans notre esprit enflammé et nos  cieux bénis.

Il en va autrement pour le criminel vénérable, qui, derrière les barreaux maudits d’une prison, incarne la peine à perpétuité infligée par des tribunaux iniques qui ont la prétention de le juger et de le punir, alors que c’est lui qui nous met tous en chaînes, nous, véritables prisonniers de notre absurdité quotidienne et du jugement impitoyable de la vie, lui qui nous enchaîne à notre honte, à notre faiblesse, aux tourments continuels de notre conscience.

* * *

Cependant, le peuple innocent, sans défense, impuissant et démuni du Caucase devait-il subir tous ces supplices, se sacrifier ainsi, afin que nous, en tant que nation, puissions sauvegarder notre identité ? Afin que nous puissions survivre, encore une fois, au Génocide…

Fallait-il  s’humilier à nouveau, subir le même destin tragique, se soumettre de nouveau à notre même bourreau et à la mort, pour être baptisés encore une fois  dans le feu et dans le sang, ce myrre vénéneuse du martyre ? Pour renouveler notre pacte de sang… ?

Devrions-nous encore une fois clamer que ça suffit !, que là, c’est fini, que désormais, c’est terminé ?, plus jamais ça !?

Mais alors, devrions-nous avoir l’audace déchirante de reconnaître le caractère superflu du sacrifice de nos compatriotes du Caucase  – ?

* * *

L’orateur reprend la parole, reprenant la parole à Ahmedov. Nul autre que lui ne sait galvaniser les foules, ni les enflammer, ni charmer les autres habitants du quartier qui, appuyés sur leurs balcons, assistent au terrible spectacle qui se déroule sous leurs yeux comme un film. Sa voix est tantôt impitoyable et furieuse : « Mort aux Arméniens ! »… « Musulmans, faites-les asseoir à leur place ! »… Parfois, elle se fait plus contenue et théâtrale : « Mes sœurs, ne regardez pas, une Azerbaïdjanaise ne devrait pas voir de telles choses… », tantôt elle résonne d’un ton impératif et sévère (…), puis explose à nouveau dans une folie furieuse : « Mort aux Arméniens ! »

* * *

Non, les Arméniens de Sumgaït, Kirovabad, Bakou ne sont pas morts en vain…

Le massacre moderne des Arméniens dans le Caucase caractérise, définit fondamentalement la question de l’Artsakh, situe celle-ci dans sa véritable essence.

Ces événements révèlent les fondements et la vérité profonde du problème évoqué précédemment, et confirment sa nature et son ampleur cruciales.

C’est le conflit  ancestral et sanglant  entre Arméniens et Turcs, qui se poursuit aujourd’hui en Artsakh. Il s’agit de la mise en œuvre du programme panturc/pantouranien qui, à la fin du XXe siècle, continue encore de faire des victimes arméniennes.

Dans le Caucase, ce sont les Turcs qui ont battu, torturé, dépecé vivants, tué à la hache, poignardé, violé, massacré et brûlé vifs, les Arméniens.

Faisons face au moins à cette réalité, aussi intolérable et cruelle soit-elle. Ce n’est pas trop demander, par nos martyrs…

Car seule cette douloureuse lucidité nous permettra de résister efficacement à l’attaque dont nous sommes victimes et de relever le défi ultime qui nous est lancé. De continuer à survivre, et d’espérer se remettre debout.

* * *

À l’occasion de cette catastrophe, qu’il soit bien clair qu’il est impossible de coexister, de coopérer ou de négocier avec la Turquie, si ce n’est par la force.

Que les Arméniens comprennent qu’il est impossible de traiter, de négocier avec cette tribu barbare, si ce n’est en brandissant un bâton et un fusil.

Rappelons-nous tous que le Grand Génocide se poursuit encore et toujours, et que le droit à la légitime défense est non seulement illimité et inviolable, mais qu’il justifie également la destruction de l’agresseur.

* * *

Cependant, au-delà du souvenir historique et de la riposte stratégique, le génocide arménien du Caucase nous enseigne d’autres leçons dans le contexte actuel.

Compte tenu des liens étroits qui unissent la Turquie à l’Azerbaïdjan et des alliances internationales de cet État ennemi, nous avons l’occasion de nous rappeler que, dans notre démarche juste et sincère, nous nous heurtons à nombre des puissances – prétendument “grandes” – du monde occidental.

Aujourd’hui, lorsque l’empereur américain proclame un « nouvel ordre mondial », il faut bien comprendre que les nations défavorisées comme la nôtre n’ont aucune place dans cette nouvelle répartition internationale des territoires et des pouvoirs.

Nous devons comprendre cela et ne pas nous laisser abuser par les illusions diplomatiques, les manœuvres politiques trompeuses, en croyant pouvoir obtenir justice. Avec intelligence et folie, extrémisme et prudence, raison et cœur, avec toutes les contradictions et les complémentarités de notre caractère national, nous devons faire face à notre destin national. Le nier ou l’ignorer ne nous mènera nulle part.

Pour autant, que les autorités centrales soviétiques ne se reposent pas sur leurs lauriers (car tout comme les USA, ils ont aussi leur empereur, qui se contrefout tout autant de nous).

Si les relations politiques internationales nous opposent aujourd’hui à certains pays occidentaux, nous sommes également conscients de la complicité de Moscou avec l’Azerbaïdjan, motivée par des calculs immoraux internes, et de l’indifférence, voire de la réticence du Kremlin à l’égard des intérêts nationaux des Arméniens et de la question de l’Artsakh.

Dans cette perspective, tout dialogue, même temporaire, avec le gouvernement Gorbatchev est sujet à de sérieuses réserves et repose en grande partie sur la notion illusoire du « moindre mal ».

* * *

Nous sommes seuls, et pourtant puissants et absolument indestructibles.

Nous sommes seuls, et peut-être est-ce ainsi que cela doit être. Peut-être est-ce là la garantie de notre victoire inéluctable, la vérité de nos aspirations, le caractère inébranlable et incorruptible de nos réalisations.

Nous sommes seuls, et peut-être est-ce là notre salut, car nous ne devons de comptes à personne, ni à aucun État étranger intéressé, capricieux et instable, ni à aucun pantin impérialiste, mais seulement aux fondateurs de notre idéal national, à nos ancêtres héroïques et à notre conscience collective.

* * *

Somme toute, le massacre arménien dans le Caucase est une force motrice inépuisable, cette fois-ci plus particulièrement pour le mouvement de l’Artsakh, de manière directe et concrète.

Car cette nouvelle tragédie impose un nouvel impératif à tous les Arméniens.

Jusqu’à aujourd’hui, les victimes du génocide passé ont survécu grâce à la survie de la nation arménienne.

Désormais, parallèlement à notre responsabilité commune envers les victimes du passé, sous le regard vigilant des nouveaux martyrs, nous avons également une obligation supplémentaire.

* * *

Nos sœurs et frères du Caucase souffriront en vain si nous ne nous engageons pas à justifier leur sacrifice infini.

Nous sommes donc appelés à donner un sens à leur terrible martyre.

Cette responsabilité sacrée ne peut être assumée qu’avec la libération de l’Artsakh.

Aujourd’hui, les crimes de la Turquie demeurent impunis et le monde reste indifférent à notre crise existentielle.

Aujourd’hui, les massacres du Caucase restent impunis et Gorbatchev ne cesse de parler et de promettre.

Aujourd’hui, le gouvernement arménien espère sauver notre Patrie par des manœuvres politiques et fait preuve d’une impudence suspecte à l’égard de la question de l’Artsakh.

Aujourd’hui, un combat fait rage en Artsakh et l’Arménien défend sa vie et sa patrie par les armes.

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La mort ou la liberté… La liberté ou la mort… Qu’importe de se souvenir de ces deux concepts suprêmes dans un ordre ou un autre, alors que leur signification combinée constitue le fondement même de notre identité nationale ?

Mais pourquoi pas la Mort ET la Liberté…

Je ne fais pas référence à l’approche surnaturelle ou religieuse selon laquelle la décomposition physique serait un moyen et un chemin vers la libération spirituelle de l’être humain, sont départ vers un Au-Delà (au fait, j’y crois; et je comprends pas comment, autrement, on pourrait supporter la vie ici-bas, et surtout, se résigner à la mort d’un être cher).

Non, en l’occurrence, c’est pas ça. Au sens national, je fais référence à la réalité selon laquelle la disparition corporelle des individus, la mort, est la garantie nécessaire de la liberté collective, de la vie et de la survie de tous les autres, sur plusieurs générations à venir.

* * *

Les fondateurs du Mouvement de Libération Nationale Arménien affirmaient que le Combat  Perpétuel est la seule voie vers l’indépendance et la liberté.

Nous n’avons pas le droit de désespérer, car c’est ainsi que l’ennemi triomphera.

Nous n’avons pas le droit de douter, car c’est ainsi que nous serons vaincus.

Nous n’avons pas le droit de désespérer, car c’est ainsi que nos martyrs mourront.

Nous devons transformer notre révolte en inspiration, notre deuil en détermination et en volonté, notre douleur en rage combative. Forts de notre glorieux passé et des succès incontestables du présent, nous devons nous élancer sans hésiter vers l’avenir, notre poitrine indestructible fièrement dressée contre l’ennemi impuissant, nos poings d’acier levés haut, dans un mouvement implacable de revendication, de résistance et de menace. Enivrés soit par la bile de la vengeance, soit par la rosée sacrée de l’aube de notre nation, en tout cas, nous devons fixer nos yeux obscurcis sur les horizons lumineux.

Vive l’Artsakh !

Vive le peuple arménien !

Vive l’indépendance !

Haytoug Chamlian

14 mars 1991

P.S. Ne jamais dormir [2019]

Église Sourp Aménaprgitch, Shoushi

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